« Cette dégénérescence qui nous guette »

‘Ce petit mot d’une modeste habitante qui, nonobstant l’ambiance générale, ose dire que d’autoriser conjointement le burkini et les seins nus est un signe de faiblesse pour, espérez-vous, la tranquillité des esprits !!!’ 

Voici l’entrée en matière du mail que j’ai reçu de la part d’une citoyenne vaudoise. Evidemment, je ne peux qu’apprécier la lecture de ces mots. La suite me plaît tout autant. 

‘Cette lâcheté, dans ce domaine comme dans d’autres d’ailleurs (écoles, universités ou ailleurs qui a cours lorsqu’on ne sévit plus, de crainte de représailles sans doute (…?)), est un triste indicateur de faiblesse qui, à l’évidence, ne fait que repousser encore et encore les curseurs de la « tolérance » qui bientôt signeront la fin de notre identité.’

Comme je suis d’accord avec vous ! Comme je comprends votre ressenti ! Comme je le partage ! Autoriser les burkinis et les seins nus en même temps, le problème est donc réglé. Mais quel problème au juste ? Que vient faire le burkini dans nos piscines ? Au nom de la tolérance, de l’inclusivité, du wokisme, de la multiculturalité, la norme est désormais de faire comme chacun le souhaite. Des vestiaires mixtes seront à disposition, mais la nudité y est interdite. Le principe même d’un vestiaire est de pouvoir s’y changer. A moins que, là aussi, cette utilité soit désormais revue. 

Je me rappelle cette scène désagréable lorsque je travaillais encore dans les soins : j’ai dû retirer la petite croix que je porte en pendentif pour ne pas ‘gêner’ les patients d’autres religions. Ne pas froisser les dames qui portent un voile, dans mon pays. C’était donc à moi de m’adapter. 

Pourquoi sommes-nous à ce point incapables de dire NON ! Avant, lorsque nous allions à la piscine, nous mettions un maillot de bain, nous avions un soupçon de pudeur et nous passions nos après-midis ensemble, filles et garçons. Pourquoi faut-il, à ce point, perdre notre identité ? 

Pour revenir à l’échange que j’ai eu avec cette dame, je l’ai invitée à exprimer son message dans les médias. 

‘La presse, c’est peine perdue car j’ai déjà essayé, en vain, auprès du journal Femina et sur leurs sujets sur la sexualité assortis d’une ébauche explicite de dessin. Même si nos plus jeunes enfants ne savent pas encore lire, ils peuvent à contrario fort bien interpréter le dessin qui illustre le propos sexuel, évidemment prosélyte !

Nos médias feraient donc un tri de ce qu’ils veulent bien relayer venant des lecteurs ? Pire ! Nos médias nous nourrissent, encore et encore, avec l’inclusion, le wokisme, la grève des femmes, la communauté LGBTQIA+, jusqu’à l’overdose et malheureusement jusqu’à l’exaspération. 

Pourquoi quand Nemo gagne l’Eurovision, la seule inquiétude est de savoir ce que l’on (le secrétariat cantonal de l’UDC Vaud) pense de cette personne ? Pas une seule fois, on s’est intéressé à notre avis sur la prestation artistique. Est-ce ‘la Suisse’ qui a remporté ce concours ou la culture woke et le 3ème sexe ? Pourquoi vouloir systématiquement nous emmener sur le terrain des sujets énumérés plus haut. 

Que reste-il de notre culture ? De nos racines ? Devrais-je avoir honte d’être blanche, hétérosexuelle et chrétienne ?  Apprécier la compagnie autant des messieurs que des dames, être à l’aise dans ma féminité et l’assumer font-ils de moi une personne rétrograde ? J’ose croire que non. J’en suis même parfaitement convaincue. La majorité est silencieuse mais n’en pense pas moins. Je le constate jour après jour au travers des mails reçus d’une population irritée. 

‘Je vous souhaite courage et une détermination sans faille pour faire face à cette dégénérescence qui nous guette’.

Oui madame ! Je vais avoir du courage ! Je vais relayer votre message qui est également celui d’une grande partie de la population de ce canton et de ce pays. Battons-nous pour conserver nos valeurs ! Exigeons que nos coutumes et notre identité restent nos priorités. 

Floriane Gonet
Secrétaire générale de l’UDC Vaud

Sur la victoire de Nemo

Notre édito : https://lepeuple.ch/nemo-erectus/

Notre vidéo :




L’imposture conceptuelle

Par Jean Romain, écrivain, philosophe.

Ce qui n’était naguère qu’une théorie fumeuse et passablement vide de sens est devenu rapidement le discours de nos élites ! La vague woke ne s’arrête pas aux portes de nos facultés universitaires, elle est présente dans les médias, les communes, les parlements, les réseaux sociaux, l’enseignement. Une ère de grande déraison collective nous submerge, et il faut saluer les deux décisions prises récemment par Mme Anne Hiltpold, ministre genevoise de l’enseignement.

Décisions ? A l’école primaire de Lully d’abord le directeur, appuyé par son équipe, a voulu supprimer la Fête des mères pour la remplacer par une problématique « fête des gens qu’on aime ». A l’école primaire Karl-Vogt ensuite, la Fapse (Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Genève) a voulu – à la faveur d’une recherche – faire remplir un questionnaire aux parents des élèves de 5 à 9 ans leur demandant de répondre sur le ressenti de genre de leur enfant, ainsi que sur le « sexe de votre enfant à la naissance », ce qui peut laisser supposer que le sexe a peut-être changé entre-temps. A deux reprises, la ministre Hiltpold a dit « stop » : il faut une école qui transmette le savoir et non pas une école qui milite. On salue la clarté du message.

Extrait d’une fameuse lettre aux parents qui a beaucoup choqué.

Mais qu’y a-t-il derrière ces deux tentatives avortées ? On veut déconstruire des « mythes » et on serait ainsi sur le point d’assurer la libération ultime de l’être humain : d’une part en se libérant du carcan insupportable de la reconnaissance du rôle de la mère ; d’autre part en s’affranchissant du corps pour ne conserver que l’opportunité de choisir soi-même son sexe en fonction de son ressenti. Les deux essais manqués ont en commun la structure première du wokisme : faire de la marginalité le centre. En effet, il existe des élèves qui n’ont pas de mère et dont il faut tenir compte ; il existe aussi des personnes qui ne se reconnaissent pas dans le corps qu’elles ont à la naissance. Voilà des minorités qui évidemment sont respectables, mais il n’y a aucune raison de les mettre au centre de l’action. Or il existe une raison pour le wokisme qui affiche une deuxième caractéristique : transformer les minorités en victimes. Et c’est efficace dans une société de flagellants ! De défenseurs des droits de chacun, les woke se transforment en accusateurs publics, en prétendus penseurs dont la principale ficelle est de se lancer dans des indignations surjouées. Et dupes de se laisser prendre.

Mais ces deux expériences sont cependant différentes. En répétant à l’infini que le statut maternel est un statut parmi d’autres tout aussi importants, en psalmodiant que ce serait Pétain qui l’a introduit en France (regressus ad hiltlerumclassique) donc que cette fête est moralement suspecte, on cherche à établir un consensus au bout duquel on finirait par admettre que « les gens qu’on aime » sont magnifiques du seul fait qu’on les aime. Et cette idéologie du soupçon s’appuie sur un vocabulaire accusatoire, passablement alambiqué d’ailleurs, dont le martèlement fait croire à un savoir.

La théorie du genre, imaginée par Judith Butler, est plus pernicieuse. Comme bouclier, les tenants de cette théorie assurent partout qu’elle n’existe pas, mensonge calculé qui se marie à merveille avec leur conception que le corps n’existe pas comme déterminant et que le sexe est l’objet d’un ressenti, d’un choix personnel. L’être humain est pure conscience, et ce qui compte c’est cette conscience d’être homme, femme ou n’importe quoi des deux. Dès l’enfance, on peut choisir son sexe, il suffit de le déclarer clairement pour que cela soit reconnu, par l’école, par la société, par les divers mouvements qui non seulement défendent les minorités (parfaitement respectables par ailleurs) mais encore promeuvent cette vision. Cette fraude scientifique est un vrai scandale, pour s’en garantir toutefois leur mot clef est « inclusif », qui permet de faire passer toute contestation, voire toute discussion, pour de l’exclusion.

Une solution pour contrer l’avènement de l’homme nouveau ? Dire non… et combattre tous les promoteurs de cette imposture sectaire. Mme Hiltpold l’a fait.

Sur le même sujet : https://lepeuple.ch/une-garderie-vaudoise-renvoie-la-fete-des-meres-aux-oubliettes/
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Droit d’aînesse

Enseignant à la retraite et militant de la décroissance, Jean-Daniel Rousseil n’a vraiment pas apprécié la condamnation de la Suisse pour « inaction climatique ». Il explique pourquoi dans cette tribune haute en couleur.

Disons-le d’emblée, j’éprouve une sympathie spontanée pour Raphaël Mahaim ! Je l’ai croisé l’autre jour en balade familiale, élégamment accompagné de son épouse et de leurs filles. Il m’a salué spontanément sans me connaître comme le font les randonneurs qui savent qu’ils empruntent et partagent la beauté du monde qui les entoure. Un salut simple et souriant qui est sans prix, à mes yeux, car il renonce à toute préséance. Un salut civil et citoyen qui m’a touché, je l’ai écrit à son auteur. Par conséquent, qu’on ne me reproche pas de jeter l’avocat et le Conseiller national dans la bassine d’un conventionnalisme passéiste, d’une apologie des plaisirs simples, pas plus d’ailleurs que dans le flux limpide et musculeux de ce petit Nozon que nous longions sous les cerisiers en fleurs.

Je retrouve Me Mahaim au TJ le surlendemain, entouré de dames qui pourraient toutes ensemble être sa mère ; le récit de la RTS relate le combat de ces « aînées pour le climat » qui ont obtenu la condamnation de la Suisse pour inaction climatique auprès de la Cour Européenne des droits de l’Homme. Comme cette information me déplaît, je m’interroge. Après tout, ces dames patronnesses 2.0 ne sont-elles pas mes semblables, mes sœurs ? D’abord, ce sont mes contemporaines ou à peu près, je les imagine heureuses, comme moi, de faire sauter sur leurs genoux de joyeux petits- enfants, et soucieuses de leur préparer le meilleur avenir possible – ou le moins pire – du moins de pouvoir les regarder dans les yeux avec la conviction de s’être battues pour eux. Ensuite, je dois bien avouer que je ne tiens pas la Suisse pour un modèle de vertu, que l’affaire des fonds en déshérence m’avait écœuré, que les crashes de Swissair, de la BCV, du Crédit Suisse m’ont passablement échauffé. Et que je me réjouis de penser que la démocratie ne vaut pas tant par le suffrage universel que par l’égalité de droit. Alors pourquoi cet agacement ?

Je pourrais m’en tenir à l’idée que, pour ces activistes (les mandantes et leur conseil) assez ouvertement pro-européens, cette victoire est un fameux autogoal. Comment n’avoir pas prévu que tous les partis conservateurs s’en offusqueraient et durciraient leur position dans la négociation du laborieux accord que la Suisse prépare avec l’UE (1) ? Comment n’avoir pas imaginé que tendre aux juges européens le bâton pour battre le Parlement helvétique serait la pire erreur politique possible ? Ce genre de bourde m’indispose, me hérisse, m’encolère brutalement. Même si je ne partage pas les vues de ceux qui la commettent. Je songe surtout au temps et aux moyens sinon gaspillés, du moins utilisés en vain et à contre-sens. Les aînées dansent de joie et s’embrassent ? Je piaffe et maugrée. Me Mahaim a brillamment plaidé ? Je ratiocine sombrement.

Miriam Künzli / Greenpeace

Mais il me semble que mon irritation s’enracine ailleurs. Je reconnais qu’un calendrier imprévisible a fait tomber cette décision au mauvais moment. Or un homme de loi me souffle qu’elle a été rendue particulièrement vite, que ce type de dossier peut prendre des années pour être instruit et jugé. Me Mahaim n’a-t-il pas eu la tâche trop facile ?

L’Europe ne lui a-t-elle pas ouvert les bras avec un enthousiasme suspect ? Ne se gère-t-elle pas grâce à son action ? N’a-t-on pas accusé la Suisse pour créer un précédent à l’usage d’une réforme européenne du droit vital à l’environnement ? Que la Suisse devienne le modèle de l’Europe sans en faire partie, c’est assez fort de tabac ! Que la Suisse s’aliène, en fâchant ses parlementaires prêts à faire quelques concessions, la possibilité de négocier plus finement un accord auquel elle ne coupera pas, c’est hallucinant ! La Suisse, bonne élève et idiot utile de l’Europe, recevra-t-elle en compensation de cette brimade un dégel des relations académiques, une reconnaissance de ses prétentions en matière de protection salariale ? Rien n’est moins sûr. En fait, malgré leur regrettable victoire, ce ne sont ni ces dames, ni Me Mahaim qui m’agacent, mais l’idée que la Suisse a égaré dans l’affaire des moyens de défendre certains de ses acquis indispensables, vitaux, longuement élaborés. Oui, ça me suffoque.

Un chef d’accusation injuste et infâmant

Pourtant, il y a plus. Le chef d’accusation est surtout injuste et infâmant. On accuse d’inaction climatique le pays qui a le meilleur bilan carbone du continent. Tout au plus peut-on le comparer à celui du voisin français qui le doit à ses centrales nucléaires (malgré de criantes insuffisances) ou de la frileuse Norvège qui a couvert ses déserts septentrionaux d’éoliennes qui, au gré des vents, ébranlent de leurs coups de boutoir le réseau électrique continental. Donc la Suisse n’a rien à se reprocher ; au contraire, elle a quelques bons conseils à donner, des technologies de pointe à partager et à vendre, un modèle à proposer. Condamner la Suisse pour ce motif, revient à coller un carton jaune au meilleur buteur parce qu’il fait perdre son souffle à l’équipe adverse. Insensé.

Cette infamie frappe la Suisse à la veille d’un scrutin (9 juin 2024) où elle votera sur son approvisionnement énergétique. Un ancien ponte des services fédéraux (2) de l’énergie s’est offusqué de voir le Parlement accepter largement une mesure qui permet d’accélérer les procédures en matière de parcs photovoltaïques et éoliens situés en pleine nature. Autrement dit, supprimer des voies de recours et empêcher les citoyens suisses de protester contre ces infrastructures géantes en brandissant des lois de protection de la nature patiemment et valeureusement acquises. Ce « Mantelerlass » est anticonstitutionnel ? Qu’à cela ne tienne ! Il accorde à la production d’électricité la même valeur que la santé publique ou la préservation de l’environnement ? Peu importe, il faut vivre avec son temps ! Il néglige la nécessité d’utiliser prioritairement toutes les alternatives à ces parcs : panneaux solaires sur les toits, mesures d’isolation, de sobriété ou d’économie ? A d’autres, vive le mix, parbleu ! D’ailleurs ces installations mahousses seront construites dans des lieux retirés « sans valeur paysagère » comme l’avaient savamment affirmé les services de Mme De Quattro lorsqu’elle s’activait au Château vaudois : il s’agissait des crêtes du Jura vaudois où planent des aigles, des milans royaux, où niche le tétras et grisolle l’alouette. Bah, Tik Tok se moque de ces volatiles ! Pire, le réseau et ses utilisateurs ignorent tout bonnement ces animaux et ne se passionne que pour des vidéos de chats domestiques.

Mais la Cour européenne des droits de l’Homme, au nom d’une pensée globale, s’empresse d’ignorer, quant à elle, la réalité complexe et fragile des écosystèmes helvétiques. Pis, elle fait pression sans le savoir pour qu’on y installe des zones industrielles là où l’empreinte humaine s’est bornée à quelques routes, des chalets d’alpages aux toits bas, des clôtures aux piquets tors et vaillants, des sentiers de randonnée ou de ski nordique. En effet, ces crêtes sont vitales pour une population stressée et avide de silence ! Ces crêtes ne survivront pas aux centaines de plateformes, aux tranchées de raccordement, aux routes d’accès nécessaires à la maintenance. Les vrais défenseurs de la nature le savent. Mais que ferait-on sans électricité ? Encore un autogoal de première force, et avec reprise de volée !

Les citoyens épris d’écologie qui approuveront, le 9 juin 2024, le dépouillement indécent de nos droits civiques ignoreront sans doute qu’en facilitant vertueusement ces « centrales renouvelables », leur suffrage donnera ipso facto un aval aux centrales nucléaires dont on parle de plus en plus haut (3). Du moins ceux qui ont compris que mille hélices et cent « terrains de football » photovoltaïques ne suffiront jamais à satisfaire, en volume et en régularité, la demande croissante et vertigineuse de courant électrique et que l’intermittence des renouvelables exige l’appui d’une source d’énergie vraiment flexible et pilotable. Si l’approvisionnement en électricité acquiert une valeur d’intérêt national, le besoin fera loi et toute forme de production énergétique sera facilitée. Le troisième autogoal est programmé. Les promoteurs électriques avancent masqués ce qui, les concernant, est de bonne guerre. Que ceux et celles qui défendent l’environnement comme un droit humain fondamental leur apportent un coup de pouce inespéré doit les faire rire aux éclats.

J’ai de la sympathie pour Me Mahaim, politicien des plus efficace et respectable, tout comme pour ses clientes, grands-mamans généreuses et écoresponsables. Je ne conteste pas que la Cour européenne ait accompli sa tâche. Mais je déplore l’aveuglement qui les a fait agir « au coup par coup », sans vision globale, sans souci intelligent de l’écosystème. Et sans analyse sérieuse ni du fiasco des énergies vertes en Europe, ni de l’excellence de la Suisse en matière de production. Une étude toute simple et sans faille (4) démontre que la source énergétique décarbonée qui allie la meilleure productivité et le plus faible impact environnemental est l’hydroélectricité au fil de l’eau. Faut-il faire tourner des roues à aube dans le vif et luisant canal du Nozon ? Évidemment que non ! Mais de nombreuses solutions existent. Et j’estime, pour conclure, que de brillants élus comme M. le Conseiller national Mahaim se doivent de les chercher, de les proposer aux Chambres fédérales tout en refusant radicalement les options contraires à la défense de la nature et surtout les mesures antidémocratiques qui privent de leurs droits beaucoup de dames respectables ainsi que toute leur famille.

RTS du 13 avril 2024 « Le verdict de la CDEH fragilise le futur accord avec l’UE »

2 M. Jean-Marc Bruchez, voir www.letemps.ch/suisse/la-loi-sur-les-energies-renouvelables-menacee-par-un- referendum , article du 10 octobre 2023

3 RTS, 11 avril 2024 « Le retour du nucléaire face au changement climatique échauffe les esprits » 4 https://montsujet.ch/data/documents/240126_Production_Energie_Impact_Paysage.pdf

4 https://montsujet.ch/data/documents/240126_Production_Energie_Impact_Paysage.pdf




Les vérités partielles font d’excellents mensonges

L’enquête sur les abus sexuels commis dans l’environnement de l’Église catholique en Suisse (1950 – 2020) a l’immense mérite de jeter un rayon de lumière sur des actes qui, sans elle, seraient certainement demeurés cachés, et auraient pu, longtemps encore, être sous-estimés et niés. Je partage avec les enquêteurs la conviction que le nombre de cas identifiés n’est que la partie visible de l’iceberg – pour mille raisons qui leur appartiennent, beaucoup de victimes ne parleront jamais.

Mais c’est là que s’arrête mon approbation. En effet, la méthode révélée par le premier rapport d’enquête et par les communications officielles qui ont suivi sa publication, soulève un grave problème, qui est celui des vérités partielles. S’il s’agissait uniquement d’observer ce qui s’est passé, dans tel milieu, à telle époque, alors limiter la recherche audit milieu et à ladite époque serait justifié, et suffisant. Toutefois, la recherche sur la violence a toujours des visées qui vont au-delà de cette seule observation ; elle cherche à identifier les causes de la violence, dans un but en principe avoué de prévention. Or, il est impossible de s’exprimer sur les causes de la violence si le champ d’observation est verrouillé sur le milieu concerné. Sans surprise, les causes sont alors nécessairement trouvées dans les caractéristiques attribuées au milieu en question. En l’occurrence, le célibat des prêtres, des idées dépassées en matière de sexualité, une vision trop verticale de la hiérarchie, etc.

Or, si l’on étend le champ d’observation à la société dans son ensemble (ce qui entre dans la mission des enquêteurs puisque “l’environnement de l’Église catholique en Suisse” est évidemment aussi constitué de l’ordre juridique suisse et de la façon dont il est respecté, ou pas, de manière générale), la compréhension de la situation est bien différente.

En effet, une brève recherche (sur une piste entrevue dans le sillage de mon Pacte des Idoles) m’a permis de découvrir qu’en 1992, la population suisse a accepté lors d’un referendum de réduire de 10 ans à 5 ans le délai de prescription des actes d’ordre sexuel avec des enfants. Ce délai de 5 ans était le résultat d’un compromis des Chambres fédérales, car notre Conseil fédéral avait de son côté préconisé (dans un Message de 1985) de le réduire à 2 ans, précisant qu’une telle réduction était “dans l’intérêt de la victime”. Cette opinion du Conseil fédéral se fondait sur le rapport d’une commission d’experts émis en 1977 (après six années de travaux entamés en 1971). Selon ladite commission d’experts, qui était composée de nombreux professeurs d’université, juristes, médecins et magistrats, la majorité sexuelle devait être abaissée à 14 ans (certains experts envisageaient 10 ou 12 ans), il n’était pas certain que les actes d’ordre sexuel avec des enfants commis sans violence ni menace soient nuisibles pour les enfants, alors que l’expérience avait selon eux démontré que les enfants souffraient des enquêtes et de la désapprobation de leurs parents, la plupart des enfants entre 12 et 16 ans n’étaient (enquêtes scientifiques chiffrées à l’appui) pas des victimes, mais avaient initié les actes d’ordre sexuel, s’y étaient volontiers adonnés ou y avaient consenti. Pour toutes ces raisons, si aucune procédure n’avait été engagée dans un délai de 2 ans après les faits, il fallait éviter de “réveiller le passé”. Le rapport de la commission d’experts affirme expressément vouloir mettre fin à la pruderie issue du XIXè siècle, la sexualité étant désormais une activité comme une autre, “une des diverses possibilités du comportement humain”. L’Amnésie de l’ogre fournira au lecteur davantage de détails, et lui proposera quelques pistes de réflexion.

Évidemment, tout cela ne change rien à la gravité de ce qui s’est passé au sein de l’Église catholique, qui, à l’époque comme aujourd’hui, n’était pas censée suivre la mode des experts mais fonder sa doctrine et son comportement sur l’Encyclique Humanae Vitae (qui règle le compte des experts dès son préambule). Toutefois, c’est quand même sur cette toile de fond (de banalisation par les experts et la politique) qu’agissaient les catholiques (et les non catholiques, d’ailleurs), et que des parents, directeurs d’école, prêtres ou évêques ont dû prendre les décisions qui leur sont aujourd’hui reprochées (comme s’ils avaient évolué dans un petit monde fermé et particulièrement pervers). Aussi, à la lecture du rapport d’enquête publié au sujet de l’Église catholique par les experts de l’Université de Zurich (qui ont succédé à leurs collègues de 1977), on devrait quand même s’interroger sur les raisons d’une lacune aussi béante dans leur recherche – pas un mot sur les experts, sur le monde académique, sur la politique suisse. Les vérités partielles font en cela d’excellents mensonges, et ceux qui veulent cacher quelque chose pourraient bien, ici, ne pas être ceux qui font l’objet de l’enquête.

Raphaël Baeriswyl

Pour aller plus loin

  • Le Pacte des Idoles – trois essais girardiens, Ad Solem, Paris, 2019
  • L’Amnésie de l’ogre, REVELATEUR, Chêne-Bougeries, 2021
https://www.raphaelbaeriswyl.ch/



Le nom du collège de l’Abbaye

De par le monde francophone, même dans les pays les plus scrupuleux sur la laïcité, il existe des bières de l’Abbaye telle ou telle ! Personne n’y trouve à redire parce que l’origine du nom est antérieure aux lois sur la laïcité. Le département valaisan se trompe en voulant punir le collège de l’Abbaye de Saint-Maurice des crimes commis par quelques chanoines qui n’ont rien à faire avec le lycée. Laissons la justice faire son œuvre et pensons aux vies brisées par les abus sexuels. Mais pour le collège lui-même, la réaction a été vive dans la population face à une réforme menée au pas de charge par un département amateur de pressions et pressé d’en finir avant que le Grand Conseil ne s’empare du dossier.

L’appel des citoyens à la réintégration du Recteur à son poste a été entendu ainsi que celui de la possibilité des chanoines à continuer à enseigner. Le collège est donc reconnu : il est bien géré, il va bien, nul besoin d’une révolution intestine. Le dress code voulu par le chef du département, forçant les prêtres à abandonner la soutane, est plutôt ridicule, alors qu’il ne bronche pas lorsque quelques élèves portent le foulard islamique.

Cependant le changement de nom a été décidé en opposition avec tous ceux, nombreux, qui via différents canaux démocratiques demandaient de le maintenir. On ne comprend pas pourquoi ce changement. Le motif de laïcité qui semble présider à cet effacement d’identité est de peu de poids. En effet, le collège de Brigue, laïc, porte le nom de « Spiritus Sanctus » sans que cela n’entache en aucune manière son aura. 

Or le nom propre n’est jamais anodin ; il individualise l’objet ou l’être qu’il désigne. Le nom propre est un coup de chapeau toponymique ! Bien sûr, le collège de l’Abbaye de Saint-Maurice s’est, dans son histoire, appelé un moment « Collège de Saint-Maurice ». Mais aujourd’hui que des affaires noircissent l’Abbaye, aujourd’hui que les regards sont braqués sur ce site, changer ce nom est plus que symbolique. Cette synchronisation joue en défaveur du collège. Encore une fois, on en ignore la clandestine raison.

Le charme des noms propres est de jouer avec des syllabes familières, que chacun connaît, que chacun alimente de son propre vécu. Il appartient à la langue intime. C’est la raison pour laquelle tant de personnes attachées à ce collège, tant de parents, tant d’étudiants, tant de personnalités valaisannes et romandes s’allient pour le garder. Il est de noms propres qui sont communs !

Bien sûr, la mode est à l’effacement. Tout comme jadis, on effaçait sur les photographies officielles de l’Union Soviétique le visage des dignitaires tombés en disgrâce, on veut gommer certains éléments qui sont tombés prétendument en discrédit. Mais dans les faits, nul discrédit n’entache le collège de l’Abbaye de Saint-Maurice. La preuve ? On y réintègre le Recteur, on y maintient l’aumônerie ainsi que les crucifix dans les salles de classes et les prêtres qui y enseignent.

Jean Romain




[Tribune] 5000 usines à gaz en Suisse…

Vous vous souvenez des « avions renifleurs » de Valéry Giscard d’Estaing ? Repérer des gisements pétroliers en survolant plaines, jungles et escarpements hostiles : telle était la belle promesse de deux habiles escrocs dans les années 1970. Quel rapport avec les parcs industriels éoliens ?

Le contexte énergétique d’abord

Ces miraculeux aéronefs ont décollé en période de crise pétrolière majeure, mais aussi de néocolonialisme. De saugrenus émirs verrouillent le robinet pétrolier, haussent le prix de l’or noir, annoncent l’épuisement des gisements ? Pas de panique ! Prenons de la hauteur ! Survolons les contrées déshéritées et localisons de nouvelles ressources, abordons ces peuplades misérables et incultes, faisons tinter quelque menue monnaie et luire mille promesses. Et surtout ne changeons rien aux Trente Glorieuses ! Vive la vie industrielle et l’avenir radieux ! Sans quoi, ce sera encore la misère ! C’est ce qui vient de se passer dans le Jura romand.

L’affaire des avions renifleurs. Texte intégral du rapport de la Cour des Comptes, paru dans « Libération » du 4 janvier 1984.

Les années 1970 n’étaient en effet que le prolégomène de 2020. Les avions renifleurs n’ont jamais flairé que les crédules, les naïfs et surtout les opportunistes tôt levés parmi les politiciens et les industriels. La leçon de l’histoire devrait avoir porté et nous épargner ça. Les éoliennes montrent qu’il n’en est rien. Parce que la psychose devant la nécessité d’un changement est toujours prête à faire trembler le citoyen lambda devant les urnes et parce que les consortiums en tous genres ont compris que l’on ne faisait désormais du profit qu’avec l’assentiment de l’émotion collective.

Le dilemme politique, ensuite

Le citoyen a eu peur du nucléaire ; les doux yeux de Doris Leuthard (ndlr ancienne conseillère fédérale démocrate-chrétienne) l’ont convaincu qu’il fallait interdire l’atome pour se sentir aimable. À peine la souriante Argovienne disparaît-elle des écrans que Greta Thunberg la remplace et soulève la jeunesse contre les émissions de CO2. Le tsunami vert déferle sur les calicots (en vidant les écoles tous les vendredis), dans les urnes, et aux rayons de la Coopé. Skolstrejk, flygskam : on apprend deux mots de suédois et on convoite des sièges ni à l’école, ni dans les avions, mais au parlement. 

Pendant ce temps, l’Allemagne ferme vertueusement ses centrales nucléaires et érige 28 000 éoliennes. Mâts gigantesques, hélices paresseuses, son et lumière garantis toute la nuit ! Tout comme dans les pays nordiques et au long de la côte atlantique. Ces machines, malgré leur nombre accablant, malgré des régimes de vent plutôt optimaux en plaine et en bord d’océan, peinent à dépasser 20 % de rendement et surtout échouent à satisfaire les besoins énergétiques réels. Car le vent ne souffle pas en permanence ! On le savait depuis toujours, mais le sénateur moyen est un animal d’intérieur qui pense que les statistiques et les powerpoint comportent un supplément de réalité et jettent les bases d’un monde neuf et frais, tiré par lui de son chaos ordinaire.

Le parc expérimental éolien offshore « Alpha ventus » en mer du Nord. Martina Nolte/Creative Commons

Enfin, l’addiction à la consommation

Comment permettre au Strasbourgeois de recharger son portable, sa tondeuse à gazon, sa Zoé ou sa Tesla ? Et sans plus toucher au nucléaire, hein ? En réactivant les usines thermiques, pardi ! Ah, en plus, il vaudrait mieux ne pas consommer du gaz russe ! Alors réchauffons les usines à charbon ! N’est-ce pas dans les vieilles marmites que l’on fait la meilleure soupe ? Et ne disons rien de ces monstres tousseux qui rejettent à pleines bouffées du CO2 et de la suie dans l’atmosphère ! Dame, les Chinois se gênent-ils ? Produire plein pot, ne rien dire, enfumer au propre et au figuré. Et se pâmer devant ces blanches et indolentes déesses surplombant de leur geste circulaire des paysages « renouvelés » qui ne semblaient attendre qu’elles !

Bref, l’échec éolien est constant dans les pays qui s’y sont lancés tête baissée. Pourtant la Suisse l’ignore obstinément. Conversez avec quelques députés vaudois. Vous les savez intelligents, amoureux de leurs concitoyens et de leur terroir. Ils vous répondent texto : « Moi, les éoliennes, je trouve ça beau ! ». Le parlementaire vaudois est un esthète, il a pour credo les goûts et les couleurs. D’ailleurs son parti est assez vert quand il ne l’est pas complètement. Et les dents de Mme Isabelle Chevalley sont blanches et longues, signe évident de vertu.

D’aucuns pensaient pourtant que le mandat politique vous plongeait dans des lectures, vous muait en vérificateur, en comparateur, en visionnaire critique et informé. Eh bien non ! Il semble que l’on puisse laisser parler ses goûts, son cœur, ses élans. Après « J’aime la beauté de l’éolienne !», on portera sans doute son dévolu d’élu sur les lignes pures et luisantes d’une culasse, on chérira le style dépouillé des courriers fiscaux, on frémira devant l’architecture sobre et digne des pénitenciers sur laquelle l’ombre du fer barbelé ajoute, en contrepoint, un je-ne-sais-quoi de baroque, ma chère !

Or si l’on vérifie les chiffres, le rendement des éoliennes est pitoyable, la force des vents mesurés s’affaisse, l’irrémédiable atteinte à la biodiversité alarmerait le meilleur actionnaire de Monsanto. Si l’on compare le bilan énergétique suisse avec celui des pays voisins, on découvre qu’il est parmi les meilleurs tandis que l’Allemagne et les autres pays éoliens affichent des résultats scandaleux. Si l’on évalue méthodiquement les solutions envisagées, on découvre, ébahi, que pour avoir les 5000 éoliennes nécessaires aux objectifs de 2035, il faudrait en planter une par jour alors que le secteur est en rupture de stock et que Siemens est en faillite. On notera encore que le démantèlement est estimé à 100 000 francs par les promoteurs (en 2050 !); tout le reste sera à charge du propriétaire de parcelle et probablement (même si tout cela est dangereusement vague) de la commune, du canton, de la Confédération. Si l’on projette une vision à long terme et qu’on la soumet à une réflexion critique, on réalise que l’une des seules ressources naturelles de cette Suisse citadine très densément peuplée tient en ses sites naturels, ses paysages, ses espaces de ressourcement. On se souvient d’ailleurs que le peuple s’est clairement prononcé en 2008 contre le mitage du territoire et que créer des parcs industriels ou photovoltaïques en altitude bafoue cette volonté démocratiquement exprimée. 

Ce qui brûle, ce sont les hectolitres d’huile de lubrification. D’ordinaire, ils se répandent en gouttelettes dans les environs.

Alors comment expliquer que l’on persiste à enfumer le public et à s’enivrer de l’illusion éolo-solaire ? Parce qu’on n’a rien d’autre sous la main en matière de politiquement correct ! Parce que la pression médiatique réclame aux élus des réponses immédiates qui les empêchent de faire un travail de fond ou de consulter des ONG sérieuses et indépendantes comme A Rocha, qui élaborent des solutions globales « aussi vite que possible et aussi lentement que nécessaire ». Mais plus affligeant, parce que l’action évidente, immédiate qui consiste à équiper de panneaux solaires tous les toits des bâtiments publics, puis les murs anti-bruit des bords d’autoroute semble plus difficile à réaliser que de semer des zones industrielles dans les hautes contrées inviolées de notre pays. Peut-être parce que les promoteurs avancent avec de gros budgets, parce que la planification fédérale confiée à l’Office fédéralde l’énergie sponsorise largement Suisse-Eole qui agit au profit des consortiums privés et supra-nationaux.

Peut-être encore parce que la panique climatique nécessite un sacrifice : chaque socle d’éolienne exige que l’on abatte des arbres, que l’on défonce des terrains restés dans leur état millénaire. Le promoteur éolien tient, avec la tronçonneuse et la pelleteuse – les coutelas sacrificiels d’aujourd’hui. Une fois la nature terrassée, on éprouve le sentiment profond qu’elle se calmera car elle aura vu que l’humain a fait tout ce qu’il a pu. Planter sur le Chasseron un peuple vrombissant d’éoliennes, c’est reprendre le chemin ancestral, archaïque des autels paléochrétiens que les archéologues ont mis au jour. L’aveugle admiration, la prosternation tremblante devant ces titans de métal et de fibres synthétiques sont liées à une pensée religieuse et magique fondée dans la mise à mort de ce qui sera leur environnement – et ne sera plus le nôtre. Nous précipiterons-nous à leurs pieds ?

Aussi vite que possible et aussi lentement que nécessaire… Il est urgent non pas d’attendre mais de ralentir, de pondérer, de discerner. Il est urgent de mesurer la valeur inestimable de la nature suisse. Il est urgent et surtout indispensable de décroître.

Il est urgent de résister.
Jean-Daniel Rousseil
Militant de la décroissance, ancien enseignant au gymnase, Jean-Daniel Rousseil préside l’association VOLauVENT.

Illustration principale: Photo montage de l’assoc. Des Gittaz, sur ce site opposé aux éoliennes. Vue place de la gare de Sainte-Croix

Les hélices ne sont pas encore arrivée que déjà, les pylônes confèrent quelque chose d’inquiétant à l’atmosphère de Sainte-Croix. DR/LP