Chère Martina Chyba,

Crédit Photo: la journaliste et animatrice sur le plateau de 52 minutes/montage Canva

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J’ai lu avec intérêt le petit mot que vous avez adressé au pape Léon XIV sur le site du Matin, journal qui fut mon employeur dans une autre vie. Vous y racontez avec une franchise appréciable votre rapport à la foi catholique, qui vous apparaît essentiellement comme un « carnaval ». Soit. Ma mission n’est pas de sauver les âmes, sans quoi j’aurais fait curé et non journaliste, mais permettez toutefois que le papolâtre que je suis réponde à certaines de vos remarques.

Tout d’abord, je me réjouis avec vous de l’intérêt que le nouveau patron du Vatican porte à l’intelligence artificielle, à ses promesses comme à ses dangers. C’est d’ailleurs l’objet d’une recension de sa récente encyclique que j’ai publiée dans Le Peuple. Mon texte est parfois critique quant à l’aspect un peu fourre-tout du document, mais il salue cette Église qui cherche à adapter son enseignement aux enjeux contemporains.

Seulement, je crains, chère Madame, que notre accord s’arrête ici. À vous lire, il semble très contradictoire qu’un esprit éclairé puisse à la fois utiliser son cerveau et croire aux dogmes chrétiens. « Fabriquer l’univers en six jours et une femme à partir de la côte d’un mec, ce n’est pas complètement réaliste », ironisez-vous par exemple. Je risque de vous surprendre, mais j’ai le pressentiment que vous n’êtes pas la première à soulever cette interrogation. Un exemple : on attribue parfois à Tertullien, soit 18 siècles avant vous, la célèbre phrase « Credo quia absurdum », « Je crois parce que c’est absurde ». 

Plus tard, une multitude de grands scientifiques ont d’ailleurs été en même temps des chrétiens convaincus, du chanoine Copernic à Newton, passionné de théologie, en passant par Léon XIV lui-même, titulaire d’un diplôme universitaire en mathématiques avant son entrée dans les ordres. Vous savez, quand une religion vous demande de croire qu’un type a marché sur l’eau et multiplié les verres de pinard pour que tout le monde puisse se mettre une boîte à un mariage, on sait dès le départ qu’on est face à quelque chose d’un peu plus exotique qu’un cours de topologie algébrique ou une émission conso de la RTS.

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Mais vous estimez que le monde serait un meilleur endroit sans religion. Pourquoi pas. Vous n’êtes d’ailleurs pas la première à le penser. Le XXe siècle a produit toute une série d’expériences politiques fondées sur l’idée que les croyances religieuses relevaient de vieilles superstitions appelées à disparaître. Cela a parfois donné des résultats mitigés, qu’il s’agisse du Priesterblock de Dachau ou de quelques séjours de rééducation un peu frisquets dans les immensités sibériennes.

Vous n’êtes pas moins dogmatique que les chrétiens

Ce qui frappe pourtant à la lecture de votre texte n’est pas tant votre athéisme qu’une certaine contradiction. Vous passez beaucoup de temps à reprocher aux croyants de vouloir vous farcir le crâne de dogmes absurdes, tout en consacrant plusieurs centaines de mots à leur expliquer ce qu’ils devraient penser de leur propre foi. 

À vrai dire, j’ai le sentiment que vous considérez que le seul usage légitime de la raison est celui qui mène à vos conclusions. Cela ne me choque pas outre mesure. Je suis de ceux qui, avec Chesterton, pensent que personne ne devrait écrire ni même causer sans croire qu’il a raison et que son contradicteur a tort. Vous trouverez cette idée à la fin d’un livre intitulé Hérétiques. Le titre devrait vous plaire.

Tout cela pour vous dire que votre « allelujah ! », écrit d’ailleurs comme Léonard Cohen plus que comme quelqu’un qui ferait le « cathé » (sic), ne vous rend pas moins dogmatique que moi. Il vous rend simplement dogmatique avec la conviction que vous n’avez pas de dogmes.

Pour ma part, je crois à la résurrection des morts, à l’incarnation de Dieu et à quelques autres choses qui vous semblent parfaitement baroques. Mais cette foi m’apprend au moins une forme de modestie : celle qui consiste à admettre que des gens intelligents peuvent regarder le même monde que moi et en tirer d’autres conclusions.

J’ai parfois l’impression que cette idée est devenue plus difficile à accepter chez certains athées que chez bien des croyants.

Avec mes salutations chaleureuses,
Raphaël Pomey

Un monde sans religion

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