Suisses, neutres et paisibles

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Si notre engagement en faveur d’une Suisse souveraine n’est un secret pour personne, ce journal n’a pas pour vocation de donner des consignes de vote ou de soutenir aveuglément les positions de tel ou tel parti. Difficile, néanmoins, de ne pas monter au créneau lorsque le système médiatique, dans sa quasi-unanimité, attaque frontalement un objet de vote parfaitement légitime comme l’initiative sur la neutralité.

Et ces dernières semaines, nous avons été servis au-delà de nos craintes. Le 21 juin dernier, tout d’abord, un journaliste de la RTS nous expliquait – mine d’enterrement à l’appui – que « le concept d’une neutralité stricte » signifiait « ériger des murs autour de la Suisse ». Il enchaînait ensuite en rappelant que le projet était porté par le « fan club » de Christoph Blocher, à savoir notamment l’organisation Pro Suisse, avec laquelle nous collaborons régulièrement.

Collaborer : peut-être pas le mot plus approprié ici, puisque notre confrère ne se privait pas de poursuivre avec une belle grandiloquence subventionnée sur les innombrables errances d’une Suisse qui aurait trop souvent refusé de se positionner face aux « atrocités » de l’histoire. Défendre la neutralité aujourd’hui, c’est donc, en substance, se placer du côté des salauds d’hier et de demain. Suprême ironie : après un billet particulièrement virulent, l’intervenant concluait en expliquant que les initiants pouvaient encore créer la surprise, puisque la campagne n’avait pas vraiment commencé. Étonnante prudence : un peu comme si l’apôtre Paul nous partageait ses doutes sur la Résurrection.

Cette première banderille annonçait un été chargé pour la machine à rééduquer l’Helvète. Quelques jours plus tard, Le Temps revenait à la charge en évoquant la coopération engagée par le général Guisan avec l’état-major français en cas d’agression nazie. Le but ? Montrer que, même du côté d’une figure tutélaire des souverainistes suisses, la neutralité avait toujours constitué un principe à géométrie variable. Un procédé qui omettait simplement de distinguer la neutralité diplomatique de la préparation militaire d’un pays face à une agression imminente. Or le texte soumis au vote prévoit précisément cette hypothèse : la Suisse n’adhère à aucune alliance militaire ou défensive, certes, mais « une coopération avec une telle alliance n’est possible qu’en cas d’attaque militaire directe contre la Suisse ou en cas d’actes préparatoires à une telle attaque ».

Passons enfin sur les procès par association : la Russie de Vladimir Poutine regrettant l’évolution de la neutralité suisse, ou encore un curieux article de Blick s’étonnant que des personnalités de gauche radicale et de droite souverainiste puissent se retrouver autour d’un objectif commun. 

Au fond, l’argumentation des adversaires de l’initiative frôle souvent l’absurde. Ils dénoncent une neutralité qui n’aurait jamais été pleinement respectée, mais s’opposent à une initiative qui entend précisément la fixer dans la Constitution. Pour dénoncer le remède, les voilà qui critiquent le poison.

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Autre constat : le texte lui-même est rarement discuté. Celui-ci prévoit pourtant que la Suisse ne puisse pas être utilisée pour contourner les sanctions prises par d’autres États. Trop dangereux dans sa modération ? Mieux vaut sans doute braquer les projecteurs sur les « mauvais » soutiens de l’initiative, y compris ceux qui lui rendent le plus mauvais des services.

Nous l’avons dit : pas de consigne de vote dans ce journal. Mais un appel à prendre connaissance du texte de l’initiative. À la différence de celui sur les dix millions, il est bref et propose des principes simples plutôt que des dispositions techniques particulièrement détaillées. C’est donc un texte parfaitement recevable dans le débat démocratique. Qu’on le critique, qu’on le défende, mais qu’on le fasse au moins sur la base de ce qu’il contient, et non des caricatures qu’en dressent ses adversaires. Ce serait déjà beaucoup.

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