Comment les Jeunes Vert-exs vaudois ont colonisé l’UNIL

Durant la campagne, les écologistes ont pris d’étonnantes libertés sur le campus lausannois.
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Il faisait beau, le 12 octobre dernier, et les étudiants qui gravitaient autour du bâtiment Géopolis, dans le secteur UNIL-Mouline, ont eu droit à une surprise rafraîchissante : une distribution de maté en canette. Aux commandes, des militants des Jeunes Vert-exs Vaud (JVVD) munis de pancartes pour appeler à voter pour leur formation et en particulier pour Angela Zimmermann, candidate au Conseil des États (14’070 suffrages dix jours plus tard).

Photo de l’événement postée sur le compte Instagram des Jeunes vert-e-x-s Vaud.

Problème, quelques semaines auparavant, le responsable technique des Jeunes UDC Vaud, Colin Métraux, venait lui-même de recevoir un refus de l’UNIL pour organiser une action du même type. En cause, non pas une question idéologique, mais simplement une directive relative à l’organisation dans ses infrastructures de réunions étrangères à la mission universitaire. Cette dernière refuse notamment les « manifestations politiques à caractère partisan ». Et peu importe que les jeunes agrariens aient spécifiquement demandé de rencontrer les étudiants sur le campus et non dans les bâtiments, comme les JVVD quelques jours plus tard.

Un procédé cavalier

Pourquoi, dès lors, les jeunes écologistes vaudois ont-ils pu organiser leur distribution de canettes ? La recette est simple : il suffisait de ne pas demander ! « Si les Jeunes Verts font campagne sur le site de l’UNIL, c’est sans notre autorisation », s’est ainsi vu répondre Colin Métraux, « très surpris » et avide d’explications, par une responsable Accueil Événements et Gestion de Salles. Signe que la chose n’était pas anodine, le service de la sécurité a été mis en copie de cette réponse, datée du 13 octobre.

Contactés, les Jeunes Vert-exs contestent pourtant avoir fait quoi que ce soit d’irrégulier : « Une manifestation, selon le Larousse, est un « événement attirant un public relativement large (fête, festival, exposition, salon, etc.), organisé dans un but commercial, culturel, publicitaire ou de simple réjouissance ». Dans notre cas, qui est une distribution à quelques personnes, je n’ai pas l’impression que ça colle à cette définition », tranche Ambroise Delaly, membre du comité vaudois. Comme leur distribution de « boisson à haute teneur en caféine, qui remplace le café pour certain·e·x·s » a eu lieu dans un espace extérieur, le jeune politicien maintient que sa section n’avait pas à « demander une dérogation ».

Tractage sauvage et débat très particulier

Une belle assurance qui ne suffit toutefois pas à convaincre l’UNIL. Géraldine Falbriard, attachée de presse, confirme que « s’il y avait eu une demande, nous n’aurions pas accepté. » Elle se montre d’autant plus agacée que sur le réseau social Instagram, les jeunes écologistes se félicitent aussi d’avoir participé, quelques jours avant leur action, à un débat pour le moins unilatéral. Portant sur « le projet révolutionnaire aujourd’hui », ce dernier réunissait représentants du Parti socialiste, de la jeunesse socialiste et du POP. À droite ? Personne, évidemment…

Équilibré, vous avez dit ?

« Nous nous étonnons, n’ayant pas trouvé trace de demande de location il y a trois semaines », regrette Géraldine Falbriard. Si un débat peut évidemment avoir lieu dans l’université, un événement au casting aussi monocolore est en effet plus déroutant. Mais cette fois, pas de reproche spécifique pour les Jeunes Verts. L’organisation de la discussion, nous expliquent-ils « revenait à des étudiant-exs dans le cadre d’un séminaire sur le projet révolutionnaire. Nous y avons agréablement été convié-exs ».

Entre tractage sauvage, affichage massif et pression sociale gauchisante, le climat est pour le moins particulier à l’UNIL, explique un jeune lecteur du Peuple. « Avec ses convictions qu’elle juge justes et bienveillantes, la gauche est omniprésente ici, explique cet étudiant en sciences humaines. On le voit avec le nombre impressionnant de flyers et d’affiches que l’on trouve sur les murs. A ce climat général s’ajoute que bon nombre d’enseignants sont affiliés à des partis de gauche, ce qui interroge quant à leur neutralité. » Et d’expliquer que quelques jours avant le deuxième tour, un flyer appelant à voter pour le Vert Raphaël Mahaim venait de lui être tendu à la sortie de la bibliothèque.

Porte d’entrée du bureau d’une enseignante, photographiée en avril dernier.

Colin Métraux, lui, ne peut que condamner les procédés de ses adversaires politiques : « Ce n’est pas parce qu’on est un parti de jeunes que l’on peut se soustraire à la loi et aux règlements ! ».

Signe d’un retour du pluralisme, des visuels moins verts mais plus rouges ont fait leur apparition sur le campus ces derniers jours. On vous laisse les apprécier.

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