Cher Monsieur Poggia,
J’ai eu, comme vous sans doute, d’excellents professeurs dans ma vie. J’ai pour eux des sentiments qui confinent à la piété filiale, car ils m’ont appris à vivre au contact de Lucrèce, de Sénèque et de tous les philosophes qui ont mis des mots sur mes doutes, des pansements sur des plaies, et du langage sur les bruits de la jeunesse. Un des concepts que le grec ancien m’a appris, et dont j’aimerais m’entretenir avec vous, s’appelle le kairos (καιρός) : il désigne le moment opportun pour se lancer dans telle ou telle action, pour tenir tel ou tel discours. L’intervalle qu’il…
