Si une association est obligée d’organiser ses conférences dans une semi-clandestinité par peur de menaces, c’est inquiétant. Et non, je ne vais pas prétendre que l’intimidation devient sympathique lorsqu’elle vient de gens dont je partage les idées. Faraj Alexandre Rifai, les évangéliques sionistes ou n’importe quel illuminé pro-israélien doivent pouvoir se réunir et raconter ce qu’ils veulent sans craindre de se faire casser la figure.
Cela étant, tout dépend évidemment de ce que l’on appelle « pression ». Je connais un peu les propos de Faraj Alexandre Rifai. Il écrivait encore récemment dans Le Figaro que la création d’Israël et le « retour » des Juifs en Palestine n’avaient « délogé personne » et que les Israéliens avaient transformé « un désert oublié en foyer vivant, florissant et ouvert ».
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Il y a trente ans, ce genre de phrase passait comme une lettre à la poste. Elle appartenait même au grand récit occidental sur Israël : les pionniers, les kibboutz, Golda Meir, les orangers dans le désert, une terre sans peuple pour un peuple sans terre, la seule démocratie du Moyen-Orient… Ceux qui contestaient ce récit étaient au mieux des gauchistes à keffieh un peu ridicules, au pire des antisémites.
Le problème pour Rifai et quelques autres, c’est que les téléphones portables sont arrivés. Depuis deux ans et demi, le monde regarde Gaza en direct. Il voit les immeubles s’effondrer, les enfants déchiquetés, les gens courir derrière des sacs de farine, les hôpitaux bombardés, les journalistes et les humanitaires tués. Il entend aussi les ministres israéliens expliquer assez tranquillement ce qu’ils veulent faire des Palestiniens. Et tout cela circule sans attendre que CNN, la BBC ou Le Monde aient décidé comment le raconter. Alors forcément, dire aujourd’hui que les sionistes n’ont « délogé personne » et qu’ils ont simplement fait fleurir un désert devient plus compliqué. On risque de passer pour un salaud.

Est-ce une « pression » ? Peut-être, mais avant de mettre face à face les pressions subies par les antisionistes et celles subies par les sionistes, je chercherais quand même à savoir de quoi l’on parle exactement.
S’agit-il de menaces physiques ? D’autorités qui refusent de louer une salle ? De réunions qui doivent se tenir en secret ? Si c’est le cas, il y aurait évidemment un problème grave, que je condamnerais sans la moindre hésitation.
Ou parle-t-on du fait d’être hué, contesté, traité de menteur ou moralement mis en cause lorsqu’on défend aujourd’hui la politique israélienne ? Là, c’est autre chose.
Pendant des décennies, les Palestiniens et leurs défenseurs ont dû se battre pour que leur récit existe seulement. Aujourd’hui, le rapport de force s’est en partie déplacé. Le récit sioniste, qui disposait chez nous d’une puissance politique, médiatique et morale considérable, se retrouve à son tour contesté, parfois brutalement.
Je comprends que ceux qui avaient l’habitude de parler sans être sérieusement contredits vivent assez mal cette évolution. Mais je ne suis pas certain que le mot « menace » soit toujours le bon.

