Notes sur le patriotisme communal

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Quelques lignes pensées une fin d'après-midi, en marchant dans la brume au-dessus d’Yverdon.
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Depuis plusieurs jours, beaucoup me demandent ce que je pense de la mort du jeune Quentin, militant nationaliste et catholique proche du traditionalisme, à Lyon.

Par le passé, j’ai donné des conférences dans des cadres que ce jeune homme côtoyait ; sans doute était-il sincèrement croyant. Dans tous les cas, il n’est plus parmi nous et la mort d’un jeune dans une bagarre, que ce soit lui ou Clément Meric, est un drame absurde.

Il y a une chose que je comprends, néanmoins : le besoin d’appartenance. Qu’ils soient « antifas » ou « identitaires », ces milieux rassemblent des êtres qui ne veulent plus vivre sans idéal, uniquement attirés par la quête du pognon. Ils ressentent, pour citer Ramuz, un « besoin de grandeur » et ne veulent pas d’un horizon où nous serions tous « posés les uns à côté des autres » (Ramuz, toujours) en attendant la mort.

J’ai toujours défendu ce besoin d’appartenance, simplement en ne le corrélant pas à la « question raciale », comme disent les militants de droite dure. Même dans certains cercles qui n’entendent pas volontiers ce point de vue, j’ai toujours dit ceci : peu m’importe que tu sois noir ou violet si tu es mon frère, par le terrain de basket partagé, le banc d’Église ou le coup de main à la salle de muscu. Quant à toi, ma sœur d’origine camerounaise, mon cœur t’appartient déjà un peu quand tu demandes à ton fils de serrer « tonton et tata » dans ses bras.

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Oui je suis patriote, mais ce patriotisme est d’abord local, presque communal. J’aime ceux qui font partie de mon quotidien, ceux qui savent se tenir parce qu’il n’y a pas un écran entre nous. J’aime les jeunes modestes, avec leurs apprentissages, leurs boulots d’étudiants, leurs galères. J’aime les restaurants des gens d’en bas bien plus que les brasseries bobos où on me servira un tartare de daurade tiède avec un demi-déci de pinard produit en biodynamie.

Récemment, un jeune du terrain me faisait part de son expérience sous les drapeaux. Nous étions au kebab et il me disait qu’il était prêt à mourir pour ce pays, pour mes enfants, parce que la Suisse venait de le reconnaître enfin dans sa dignité d’homme. Ce garçon est musulman et l’armée accorde désormais quelques aménagements à ses coreligionnaires, et cela a fait monter en lui un patriotisme nouveau. Beaucoup, sans comprendre ses dynamiques, dénonceraient une preuve supplémentaire de l’islamisation de la Suisse. Moi j’ai vu quelqu’un qui se sentait faire enfin partie d’un projet collectif dont il se sentait exclu jusque-là.

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Je crois à la nation comme réalité linguistique, culturelle et historique. Je crois à la continuité des peuples, à la transmission des héritages, à la nécessité de préserver ce qui nous a été confié. Mais je ne crois pas à la nation comme réalité raciale, ou comme un principe stérile.

« Nous sommes l’un pour l’autre des pèlerins qui, le long de chemins divers, peinons vers le même rendez-vous », écrivait Saint-Exupéry dans sa Lettre à un otage, face à l’abomination nazie. Je n’aime pas le climat actuel, qui parachève une entreprise d’atomisation que Ramuz percevait déjà il y a plus d’un siècle. 

Désormais, je fuis comme la peste les semeurs de détestation, la logique du buzz, la provocation constante. Il m’arrive même de ne plus avoir envie de parler d’actualité, tant la logique de l’instant rend le climat intellectuel irrespirable.

Oui, je l’admets, j’ai de plus en plus la tentation de Venise. En restant fidèle à ma région d’Yverdon-les-Bains.

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