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Depuis longtemps déjà, la société s’est construit une image d’elle-même, comme on se fabrique un miroir trop poli, un miroir où rien ne mord et où rien n’accroche, et ce miroir, au lieu de révéler, empêche de voir. Alors on tire des rideaux, par habitude, par pudeur, par peur aussi, pour éviter de regarder ce qui, dans les fondations, travaille en silence. Le mot « classe moyenne » appartient à ces rideaux-là. Il rassure, il équilibre, il apaise. Il promet que tout se tient encore et il affirme qu’entre la richesse et la pauvreté il existerait un vaste territoire stable,…
J’ai rouvert La Philosophie de l’économie (1812) de Sergeï Boulgakov (1871-1944) l’autre soir, presque machinalement, comme on fouille un tiroir à la recherche de quelque chose que l’on n’a pas nommé mais dont on sait qu’il manque. C’était après une journée pesante, avec encore en tête l’écho d’une manifestation devant le Château et les discussions du Grand Conseil sur un budget qui ressemble davantage à un champ de bataille qu’à un outil politique. Le canton traverse un moment où l’air est plus dense, où les conversations hésitent, où chacun semble tenir sa vérité comme une rambarde. Alors, j’ai ouvert Boulgakov. J’avais besoin…
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Il existe des livres qui ne cherchent pas à éclairer : ils cherchent à utiliser. On les lit avec cette sensation sourde que quelque chose d’essentiel a été déplacé sans scrupule. La messe n’est pas dite appartient à cette catégorie. On y parle beaucoup de foi, de civilisation, d’héritage chrétien ; on n’y parle jamais de ce qu’un homme vit réellement lorsqu’il se tient devant Dieu. La distance saute aux yeux. Le spirituel y devient un langage, pas une vérité. Ce livre fait le reproche à l’Église d’aimer trop largement, de parler trop universellement, de s’ouvrir trop facilement. On y traite la miséricorde…
Publié en 1973, Small is Beautiful – Une société à la mesure de l’homme d’E. F. Schumacher fut lu d’abord comme un manifeste écologique, écrit au lendemain des chocs pétroliers. Cinquante ans plus tard, il revient à nous comme une prophétie. Car si le décor a changé, la maladie demeure : mégaserveurs numériques qui engloutissent nos vallées d’énergie, hôpitaux régionaux réduits à des lignes budgétaires, Europe contrainte de légiférer pour que l’on puisse seulement réparer une bouilloire ou un smartphone. Une question traverse ces turbulences : à quelle échelle l’homme peut-il encore être responsable ? Le mal moderne : la démesure…
Je me souviens du jour où j’ai lu la dépêche : « Rome va proclamer John Henry Newman Docteur de l’Église. » Pas de bandeau en une, pas de fracas ; une phrase, simplement, entre deux brèves vouées à périmer avant la nuit. Dans un monde qui distribue des trophées à la vitesse d’un clic et oublie dès le lendemain le lauréat, le geste prenait un relief singulier : il affirmait que certains noms survivent au cycle de l’actualité parce qu’ils ont laissé le temps former leur pensée, pesée, éprouvée, fidèle au réel. Oxford : jeunesse d’un esprit déjà habité…
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Giuliano da Empoli est à la mode. On le lit à gauche comme à droite, comme on consomme un produit de saison. Ses livres circulent dans les cénacles où l’on aime trembler devant les périls qu’on ne vit pas. Le mercredi 20 août, il passait à Infrarouge sur la RTS : preuve qu’il est devenu un invité obligé. Mais faut-il confondre notoriété et clairvoyance ? Un matin, en plein cours, un adolescent m’a demandé — sans provocation, mais avec cette gravité des quinze ans : — Monsieur, pourquoi les politiques parlent-ils comme s’ils savaient tout, alors qu’on voit bien qu’ils ne vivent…