Cher Thélyson Orélien,

(Montage Canva/FB)

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Je vais commencer par un aveu : je n’ai pas lu votre livre. Ce n’est d’ailleurs pas un drame : peut-être que vous non plus.

Si je vous écris, ce n’est cependant pas pour vous accabler ou pour rire de vos tourments : oui, vous avez largement plagié au cours de votre carrière, et oui, l’IA a bien été utilisée dans la rédaction de votre bouquin C’était ça ou mourir. Et vous savez quoi ? Entre gagner sa vie sans trop se creuser les méninges et prendre une blinde en spéculant sur les matières premières, je ne suis pas certain que vous ayez fait les choix les plus contestables.

Depuis que de forts soupçons sur vos pratiques ont été partagés sur X (ex-Twitter) fin septembre, vos défenseurs ont largement joué la carte raciale. C’est la présentatrice Audrey Pulvar qui, votre livre dans les mains sur les réseaux sociaux, nous encourageait à l’acheter en librairie car « ni l’IA, ni l’extrême droite ne devraient décider pour vous ». C’est telle ou telle universitaire qui, dans Le Temps, nous expliquait que « la réception racisée des livres a toujours cours et vient d’un mode de représentation coloniale ». On pouvait aussi nous sortir un « chercheur en IA » qui, sur un plateau télé, nous présentait des extraits de votre roman dont il ne pouvait « pas imaginer une seule seconde que des logiciels que l’on connaît puissent les générer ». Il fallait le croire, d’ailleurs, puisque le monsieur, Jean-Gabriel Ganascia de son petit nom, portait des lunettes compliquées et un nœud papillon.

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Vous êtes une fraude, comme nous tous

Vous êtes une fraude, cher Thélyson, comme nous tous. Coincés brièvement dans cette vallée de larmes que nous appelons la vie, nous tentons de gagner notre croûte en échappant à la caisse du supermarché et au team building. Certains lancent des business absurdes, d’autres écrivent des trucs. Puis nous mourons. Je n’en veux pas à ceux qui, dans cet intervalle, se débattent pour sortir de leur condition.

Il y a quelque chose de troublant dans la manière dont, désormais, des maisons d’édition demandent de jurer la main sur le cœur que le livre qu’on leur présente a été rédigé 100 % sans IA, un peu comme on demande du jambon sans colorant. Si j’avais été votre communicant dans la tourmente, la ligne que je vous aurais proposée aurait d’ailleurs été très simple : « Oui, bien sûr, je fais appel à l’IA, comme vous tous. Et alors ? » À la place, un parallèle s’est installé avec un autre universitaire accusé de plagiat, Jason Arday, professeur noir de Cambridge, qui s’est ôté la vie cet été. Cela ne vous a pas aidé.

Il paraît que depuis, il a lancé sa chaîne de Tasty Crousty.

Certains disent que votre supercherie aura au moins permis de révéler celle de la coterie culturo-médiatique qui s’extasiait sur votre bouquin devant les caméras. On peut s’en réjouir, mais ce mensonge ne me semble pas plus généralisé que celui des grandes chaînes d’hôtels qui ne changent plus le linge pour assurer un avenir « sustainable », ou de ces politiciens qui – cœur avec les doigts – veulent sauver leur pays tous les cinq ans. Nous vivons dans le mensonge, et il est passé par vous, comme par moi, voilà tout. Un jour, heureusement, nous y échapperons, mais ce sera lorsque nous irons, les pieds en avant, retrouver notre Créateur.

Cher Thélyson Orélien, votre parcours migratoire aura constitué à la fois votre tremplin et votre fragilité. Tremplin, car il rendait quasiment obligatoire de s’enthousiasmer pour votre œuvre en dépit de vos procédés, et fragilité, car il a rendu des révélations – qui auraient pu rester assez anodines – explosives.

Quoi qu’on en pense sur le fond, cela fait de vous, désormais, un bouc émissaire. Dans un univers de mensonge généralisé, c’est le vôtre – enfin, les vôtres – qui font désormais écran à l’hypocrisie constitutive de toute espèce de vie en société. Comment réagirez-vous ? Que pouvez-vous désormais faire pour gagner votre existence et nourrir vos gamins ? Les postes à mensonge sont heureusement nombreux : happiness manager, politicien professionnel, délégué à l’intégration de telle ou telle catégorie émergente de la population. Puissiez-vous, comme ceux qui vous ont encensé jusqu’ici, vous transformer en virtuose de l’hypocrisie.

Ça vous laissera le temps de découvrir des bouquins sans aucune part d’ombre, comme le captivant récit de captivité de Nicolas Sarkozy, sorti un mois après son séjour à l’ombre.

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