« Le mépris envers McDo et l’attrait pour le bio, l’hyper-saisonnier, cachent un idéal politique »

Nous avons rencontré Lukas Menal au Monde Snack, un kebab d'Yverdon. Une visite qui lui a inspiré un article sur son infolettre.

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Sur sa fameuse infolettre Guérilla Gourmande, Lukas Menal est l’un des critiques gastronomiques les plus originaux de Suisse romande. De sensibilité libérale, le Vaudois n’hésite pas à constamment brouiller les pistes, s’enthousiasmant aussi bien pour des gargottes ultra-popus que pour des mammouth de la restaurations rapides. Son credo ? Un refus assumé du snobisme, et un amour profond des mal-aimés.

Lukas, parle-nous d’abord de l’homme derrière le tacos : comment es-tu venu à écrire sur la nourriture ?

La nourriture a toujours joué un rôle relativement central dans ma vie. Depuis les repas de famille chez ma grand-mère paternelle, avec l’ambiance catalane, la paella et les spécialités typiques, jusqu’aux recettes fines de ma maman, qui est une grande cuisinière, qui nous a aussi transmis les influences asiatiques, plus précisément indonésiennes, typiques de la culture néerlandaise. Depuis l’âge de dix ans environ, j’ai toujours cuisiné et j’ai toujours eu envie de cuisiner. Il n’y a que quand je suis malade que je n’ai pas envie de faire à manger. 

J’ai d’abord vécu ma passion pour la table uniquement dans la pratique. Puis après quelques années de carrière dans le secteur privé, l’ennui aidant, je me suis mis à écrire un blog qui s’appelle Guérilla Gourmande. C’était une manière pour moi de réunir trois de mes intérêts : la gastronomie, la technologie et l’écriture.

Tes textes mettent souvent en valeur les assiettes des gens simples, celles que les milieux plus « branchés » ont parfois tendance à mépriser. D’où vient cette fascination ?

J’ai toujours été attiré par les mal aimés, par la défense du moins puissant et puis j’ai un esprit de contradiction extrêmement fort. Je suis vraiment un contrarien dans l’âme. Je suis tellement un contrarien que j’en ai fait une grande partie de ma carrière. 

Alors pour moi, expliquer aux gens que ce sont leurs biais qui leur font mépriser le McDonald’s, qu’il y a là derrière une volonté inconsciente de se présenter, à soi-même mais aussi aux autres, comme supérieur, c’est quelque chose qui vient complètement naturellement. 

Et justement, je suis dans une phase où j’essaie de comprendre pourquoi la cuisine populaire me fascine tellement. Je pense qu’une partie vient du fait que j’ai passé beaucoup de temps dans des milieux populaires de secundos catalans. Et dans ces milieux-là, la question de l’origine des produits, par exemple, ne se pose pas ou très peu parce que le rôle de la table, c’est de rassembler les gens autour de quelque chose de commun. Si on est habitué à manger des produits qui viennent d’Espagne alors on les met sur la table, même quand ce n’est pas la saison, sans y attacher une importance politique. 

En réalité, le mépris envers McDonald’s et l’attrait pour le bio, l’hyper-saisonnier, cachent un idéal politique. Celui-ci est bien plus révélateur de la personne qui défend ou critique ces choix alimentaires que des plats eux-mêmes.

Sur son site, Lukas alimente une “burger map” de Lausanne, avec les adresses qu’il a testées.

Quand tu testes une adresse, comment travailles-tu concrètement ? T’arrive-t-il de recevoir des menaces après un jugement sévère ?

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Lukas nous y parle notamment de son rapport aux plats du terroir et de la manière dont le patron de Qoqa lui est tombé dessus à cause d’une critique de fast food.
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