Pourquoi nous combattons

La mission d'un journal, même de droite, est-elle forcément politique?
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Peut-être vous souvenez-vous de la vidéo d’un polytoxicomane notoire, assis sur un banc de pique-nique, qui nous parlait de prévention santé durant la pandémie de coronavirus. « Pour protéger les autres et pour te protéger toi », cet humoriste nous invitait à porter le masque « bien sur le nez et bien sur la bouche » avec une autorité morale surprenante venant d’une personne peu portée sur la vie saine. Mais peu importe : il s’agissait alors de « passer les gestes, pas le virus », comme nous l’expliquait cet exercice de « pédagogie » subventionné par la Ville de Paris et par l’UNICEF.

Quand Palmade nous apprenait à vivre. (DR)

Protéger les autres comme soi-même est certainement une régression sanitaire de l’ancienne exigence chrétienne d’« aimer son prochain comme soi-même ». Elle conserve cependant une étincelle de vérité. À ce titre, il aurait été agréable de voir la star de ce spot de prévention, Pierre Palmade, l’appliquer à elle-même. Las, comme chacun le sait désormais, l’acteur a détruit une famille en prenant sa voiture après de longues heures d’orgie, semant la mort et la dévastation sur son passage. Ajoutant l’indignité à la tragédie, les deux escort-boys qui l’accompagnaient n’ont pas jugé nécessaire de porter assistance aux victimes de leur ami, préférant prendre la fuite.

La collision de deux mondes

La portée symbolique du fait divers est immense. Dans une société où les humoristes ont pris depuis une dizaine d’années une étonnante place de prescripteurs, elle vient nous rappeler que l’on peut défier l’ordre bourgeois sans être soi-même un exemple, ou ne serait-ce qu’un homme décent. Le drame, survenu entre un centre commercial Carrefour et un village de 2000 habitants, est aussi le tableau d’une collision entre deux mondes. Celui des gens du commun, dans leurs Twingo, et d’une hyperclasse cumulant vices, arrogance et mépris de la loi. Comment ne pas ressentir de colère lorsque la tragédie dévoile la triste intimité de ceux qui sont payés pour nous donner des leçons en temps de crise, et pour nous divertir quand la crise ne fait que couver ? Quelques jours après l’accident, la chaîne TF1 ne diffusait-elle pas encore une adaptation cinématographique d’Astérix dans laquelle Palmade, ironie macabre, joue le rôle d’Assurancetourix…

Et pourtant, la haine n’est pas une fatalité.

Dans ce sens, les rapprochements entre l’homosexualité de Palmade et son crime n’honorent pas ceux qui les multiplient. On connaît de bons pères de famille qui n’hésitent pas à prendre le volant, certes sans « compagnons » sur la banquette arrière, mais avec trois grammes par orteil. Dire que l’autre est un « dégénéré », un « monstre » ou un « fou » lorsqu’il révèle le pire de lui-même est une manière confortable de nous rassurer sur notre propre condition. Un mécanisme de défense psychologique bien naturel mais qui n’élève pas le niveau des âmes. On peut espérer que la justice des hommes soit impitoyable sans vouloir se substituer à celle qui, pour ceux qui y croient, nous attend dans le monde suivant.

Des mous ?

Sommes-nous finalement des mous, au Peuple, lorsque nous refusons de hurler avec les loups ? La question s’est aussi posée à propos de notre enthousiasme tout relatif au sujet d’un référendum lancé à Genève contre l’autorisation du port du burkini dans les piscines municipales. Décidé par le politique, cet assouplissement nous fait rire jaune à nous aussi : pour rappel, les chrétiens, au même moment, n’ont plus le droit de se faire baptiser dans le lac ! Pour autant, doit-on partir au combat contre un maillot de bain un peu plus couvrant que la moyenne ? Imagine-t-on 300 Spartiates mourir au défilé des Thermopyles pour garantir le « vivre-ensemble » dans nos piscines ? Relever le caractère un peu dérisoire, et perdu d’avance, de ces combats, ne signifie pas que nous sommes déloyaux avec les gens dont nous sommes proches. Les personnes qui s’engagent contre la présence visible d’un islam conquérant sont parfois courageuses, doivent pouvoir s’exprimer et trouveront toujours un accueil respectueux dans nos pages. Toutefois, nous peinons à imaginer un chef de famille salafiste laissant sa femme aller croiser des corps d’hommes à moitié nus toute une après-midi à condition qu’elle porte un burkini. On croit souvent déceler l’islamisation rampante là où se trouve la simple réalité démographique…

Doit-on réellement se battre contre le burkini pour défendre son identité ? (Unsplash)

La vérité est que nous sommes tous liés : faites autoriser les processions catholiques à Genève, et vous aurez les prières de rue musulmanes. Interdisez des choses à l’un, et vous les interdirez à l’autre aussi. Dans ces conditions, et dans le contexte d’une société largement sécularisée, y a-t-il un sens à s’engager politiquement au nom de la foi chrétienne ? Pour le panache, peut-être. Reste qu’après cinquante ans de « libérations » en tous genres, le constat est sans appel : les conservateurs n’ont fait que ralentir la destruction du monde qu’ils défendaient, et qui est quand même tombé en miettes aujourd’hui.

Nous ne plaidons pas pour le désespoir, ni pour le désengagement. Chacun ses vertus, chacun son charisme. La mission de notre journal n’est pas politique, et encore moins partisane. Elle consiste à transmettre le sens de la liberté, et de l’honneur chrétien. Un goût pour la beauté du monde réel, aussi. C’est peu

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