Le bouclier fiscal vaudois : autopsie d’un fiasco

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Il fut un temps où l’on savait encore préserver le vaillant contribuable vaudois d’une spoliation fiscale à faire pâlir d’envie le percepteur le plus gourmand. On avait dressé, pour ce faire, un édifice salutaire baptisé « bouclier fiscal » – rempart indispensable qui fixait l’imposition à 60 % du revenu net. L’on pouvait certes s’étonner de l’altitude vertigineuse d’un tel pourcentage, mais au moins y voyait-on une barrière dressée contre l’avidité sans frein d’un État toujours plus glouton. Hélas ! en 2022, une majorité parlementaire curieusement peu sourcilleuse à l’égard des conséquences fit sauter cet ultime verrou, sous l’impulsion d’un conseiller d’État sortant, maître des ficelles rhétoriques et des tours de passe-passe législatifs.

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Aussitôt le bouclier abattu, la fiscalité s’emballa et l’on vit des taux dépasser allègrement 80 %, quand on ne réclamait pas carrément plus que la totalité du revenu. Les tenants d’une vision réductrice, persuadés que seules les bourses opulentes se retrouvaient ainsi à sec, déchantèrent en découvrant que nombre d’entrepreneurs de modestes PME, écrasés par les dettes, se retrouvaient dans la même nasse. Monter une affaire n’est pas seulement une belle idée : c’est aussi – et surtout – des emprunts à rembourser, ce qui ne laisse guère de marge quand l’État confisque la majeure partie de vos recettes. On peine à imaginer pire guet-apens financier.


Un océan de controverses

C’est dans ce capharnaüm que fit son entrée la nouvelle maîtresse des Finances, Valérie Dittli, tentant de surnager au milieu d’un océan de controverses. On ne saurait lui contester quelque maladresse à ses débuts, pas plus qu’on ne peut nier sa volonté de corriger, du moins en partie, les injustices subies depuis 2022. Par la réintroduction de la sacro-sainte limite de 60 % dès 2025 et son plaidoyer pour un effet rétroactif, elle chercha à calmer l’ouragan. Mais hélas, l’onde de choc n’a été qu’à moitié contenue : seules les taxations provisoires pourront bénéficier de cette clémence, tandis que les autres, déjà ponctionnées jusqu’à l’os, ne verront jamais la couleur d’un dédommagement.

Qu’on ne la voue pas aux gémonies trop vite ! Elle hérite d’une catastrophe ourdie avant son arrivée, portée par un collègue habile à manœuvrer et un parlement apparemment peu curieux des conséquences. Dans une arène politique où soudain chacun réclame à cor et à cri une « réforme équitable », on sent poindre une forme d’opportunisme plus que de sincère zèle. Il n’est pas exclu que nos députés, ces fiers législateurs, n’aient pas mesuré la portée funeste de la suppression du bouclier.

Le design très épuré de l’initiative de la discorde.


Face à la grogne fiscale, divers milieux économiques, excédés, ont dégainé une initiative visant une baisse d’impôts de 12 %. Panique à bord : le Conseil d’État contre-attaque avec une proposition plus timide, mais corsée d’une clause draconienne. En cas d’acceptation des -12 % par le peuple, le bouclier à 60 % ressuscité en 2025 serait prestement renvoyé aux oubliettes. Un marché de dupes, s’il en fut, laissant planer une épée de Damoclès sur la tête de ceux qui, par un souci légitime de visibilité, souhaitent échapper aux errements fiscaux perpétuels.

La guillotine au-dessus du bouclier

Une fois encore, c’est Valérie Dittli qu’on cloue au pilori, comme si l’idée de brandir la guillotine au-dessus du bouclier venait d’elle seule. Las ! la réalité est autrement plus subtile : dans un canton où la moitié des contribuables ne s’acquitte pour ainsi dire d’aucun impôt, la « chasse aux riches » demeure un argument électoral on ne peut plus alléchant. Que la conseillère d’État ait tenté de ménager la chèvre et le chou, pour éviter une guerre de tranchées stérile, ne correspond guère à l’image naïve ou inconséquente qu’on veut lui prêter.

Et pendant que tourbillonnent ces escarmouches parlementaires, la grande tragédie, elle, ne faiblit pas : le canton dépense avec largesse et s’empresse de colmater ses brèches en pressurant son assiette fiscale. Pire encore, l’incertitude législative, surgissant au détour de chaque session parlementaire, rebute l’initiative privée et menace tout un tissu économique dont, faut-il le rappeler, vivent maintes familles. Croire qu’on peut charger encore et toujours les mêmes vaches à lait, tout en engraissant l’ogre administratif, relève d’une naïveté confondante. L’issue en est inévitable : on s’exile ou on fait faillite.

Quelle issue ?

Pour être juste, il apparaît évident que Valérie Dittli, malgré ses tâtonnements, ne fut point la principale exécutrice de ce sacrifice du bouclier. Elle n’a reçu en héritage qu’une pomme de discorde soigneusement mitonnée par un collègue sortant et un parlement distrait. Au moins aura-t-elle tenté de nous rappeler l’importance de ce barrage à 60 %, y compris pour les entrepreneurs à la tête d’établissements plus fragiles qu’on ne le croit.

Reste à savoir quelle issue surgira du duel entre l’initiative -12 % et la clause « guillotine ». Parviendra-t-on à une paix honnête, protégeant à la fois le contribuable et le budget ? Il serait grand temps que l’autorité se rende compte de la dérive insoutenable des dépenses publiques et reconnaisse enfin que l’orgie étatique ne mène qu’à l’appauvrissement collectif. À défaut, nous reverrons sans doute, dans une décennie, quelques nouveaux impétrants s’échiner à recoller les débris que ce Grand Conseil, mal avisé, aura encore semés.


À bon entendeur, salut !

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