Un éditorialiste n’est pas un stratège politique, et peut-être la chose publique obéit-elle à des règles ésotériques connues des seuls initiés. Vu de l’extérieur, néanmoins, engueuler le votant, le prendre de haut ou lui parler comme à un écolier mal dégrossi ressemble à une méthode de persuasion audacieuse pour qui prétend orienter son bulletin.
C’est pourtant le pari qu’a fait le syndicat SSM – structure dont le centre de gravité reste proche de la RTS, dira-t-on – dans un clip mis en ligne cette semaine sur Facebook contre la redevance à 200 francs. Défile alors, en quelques minutes, presque toute la ménagerie de l’entre-soi médiatique romand : figures familières, quasi-inconnus à l’ego déjà boursouflé, vieilles gloires en quête de projecteurs et de mandats, et bien sûr nos sacro-saints humoristes d’État, obligatoirement indignés et toujours du bon côté de l’Histoire.
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Curieux choc des mondes : le public n’a le choix qu’entre ceux qu’il ne connaît pas du tout et ceux qu’il ne supporte plus de voir revenir en boucle – deux manières différentes d’être déconnecté des gens ordinaires.
L’un d’eux incarne cette capacité presque dionysiaque à surgir là où on ne l’attend plus : toujours en colère, toujours conscient, toujours du côté du Bien, le même Stress qui nous avait déjà sermonnés sur l’UDC, puis conviés à nous vacciner lors d’une tournée Covid aux airs de fiasco industriel – entre deux spots pour la Coop ou une assurance – nous intime aujourd’hui de sauver la redevance au nom de la cohésion nationale. Qui aurait imaginé que l’ancien responsable marketing de Monsieur Propre – véridique, notre homme est diplômé de HEC – se muerait en missionnaire numérique de la vertu à l’approche de la cinquantaine, toujours la casquette vissée sur le crâne !
« Pas cool du tout »
À ses côtés défilent plusieurs spécimens de personnalités romandes, toutes irréprochables sur les discriminations et la biodiversité, et un jeune artiste qui nous apprend, l’air grave, que si l’initiative passe il ne pourra « plus regarder le foot à la télé » – comme si l’avenir démocratique du pays tenait à sa passion pour le PSG. Mention spéciale à un certain Louis Mana, découvert avec un mélange d’admiration et de stupeur, qui nous rappelle doctement que le projet n’est « pas cool du tout ». Vu comme ça, c’est vrai que ça fait réfléchir.

On pourrait s’amuser indéfiniment de cette auto-mise en scène, sorte de thérapie collective filmée pour rassurer un milieu inquiet de perdre sa chaire à prêcher. Mais ce sont surtout ses angles morts qui frappent.
Difficile en effet de ne pas rester bouche bée devant l’audace du procédé : des personnalités largement entretenues par nos taxes ont jugé opportun de venir nous faire la morale, un peu comme un invité nourri et logé qui nous reprocherait de ne pas vouloir lui payer ses vacances. Renversement prodigieux : ceux qui vivent du système s’offusquent quand les gueux osent en discuter le prix.
N’est-ce pas oublier qu’ils font précisément partie de l’équation ? Ces artistes et ces créateurs, on peut souhaiter les voir réussir – mais soumis, comme nous tous, aux lois du marché et au jugement du public, et non protégés à vie par nos taxes.
Au fond, ce clip ne défend pas la redevance : il explique parfaitement pourquoi une partie croissante du public ne fait plus confiance au service public et à ses obligés.
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