Noblesse oblige

Le 12 août, le Pays des Merveilles est en émoi. Avec boa, bière et cigare, le président de la Confédération s’affiche à la Street Parade. Beaucoup semblent apprécier sa simplicité et sa proximité. Peut-être, mais c’est surtout le signe d’autre chose.
image_pdfimage_print

Autour d’un verre de blanc au café du village, les discussions vont bon train. Un jour, un brave agriculteur de la commune voisine lance à la cantonade : « On a enfin un syndic ! » Cela interroge autour de la table. Ladite commune avait toujours eu des syndics. Et notre ami de nous expliquer que, contrairement à ses prédécesseurs, leur nouveau syndic portait chemise et costume cravate lors des évènements officiels. Pour lui, une charge politique impose une certaine tenue. Que penserait-il de l’attitude de monsieur Berset ?

Médiocrité, vulgarité et laisser-aller

L’attitude du président de la Confédération est le révélateur de la médiocrité, de la vulgarité et du laisser-aller de bien des hommes politiques. Cela s’illustre autant dans les postures corporelles, les comportements, le langage et l’intelligence. Charles Péguy relevait fort à propos en 1908 : « (…) en ces temps-ci, une humanité est venue, un monde de barbares, de brutes et de mufles ; plus qu’une panbéotie, plus que la panbéotie redoutable annoncée, plus que la panbéotie redoutable constatée ; une panmuflerie sans limite ; un règne de barbares, de brutes et de mufles ; une matière d’esclave ; sans personnalité, sans dignité ; sans ligne ; un monde non seulement qui fait des blagues, et qui fait toutes les blagues, qui blague de tout. Et qui enfin ne se demande pas encore anxieusement si c’est grave, mais qui inquiet se demande déjà si c’est bien amusant ».

Que faire ?

L’aristocratie comme valeur

Selon Julius Evola, il faudrait « avant toute chose » reconnaître « l’aristocratie en tant que valeur spirituelle ». L’aristocratie n’est pas une question de naissance, de lignage mais plutôt l’expression de qualités spirituelles et intérieures. Elle n’est pas liée à une classe sociale ou à des privilèges mais à un mode de vie sous-tendu par des valeurs traditionnelles de vertus et d’honneur.

Le roman de Muriel Barbery, L’élégance du hérisson (2006), nous donne l’exemple d’une telle aristocratie à travers le personnage de Renée Michel, concierge d’un immeuble bourgeois de Paris. Personne de la considère et ne la remarque sauf une adolescente qui a découvert cette secrète aristocratie : « Mme Michel, elle a l’élégance du hérisson : à l’extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forteresse, mais j’ai l’intuition qu’à l’intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons qui sont des petites bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes ».

Une autre analyse de la scène, en vidéo.

Une question de civilisation

Toute notre civilisation occidentale repose sur ce modèle aristocratique : le héros grec, le citoyen romain, le chevalier médiéval, le gentilhomme français, le gentleman britannique. Quand ceux qui sont censés incarner l’autorité s’affranchissent de ces modèles, c’est notre civilisation qui en pâtit. Oui, noblesse oblige, car au milieu de ce monde l’aristocrate est une oasis de fraîcheur et de réconfort. On peut dire de lui ce que John Henry Newman écrivait du gentleman : « Ce qu’il représente pour la société se compare à ce que procurent le confort et l’aisance dans la vie privée ; il ressemble au fauteuil moelleux ou au bon feu qui, réellement, contribuent à chasser le froid et la fatigue (…) ».

Je préfère cela au vacarme de la Street Parade en boa avec bière et cigare.

À bon entendeur, salut !

Voir aussi

  • « Le Tribunal Fédéral a pris une mauvaise décision sur des arguments faibles »

  • Réservé aux abonnés Démocratie directe

  • Venez comme vous êtes !

  • « Cette dégénérescence qui nous guette »