Bâtir

Durant nos premiers mois de parution, on nous a parfois reproché un certain élitisme. Si nous sommes un journal qui entend réellement porter les préoccupations de la majorité de la population, jugent certains, nous devrions flatter les pires instincts de l’espèce humaine et y aller franco: verser dans le «trash», recueillir la mauvaise eau de tous les caniveaux et attaquer plus frontalement nos adversaires idéologiques. Telle est en effet la vision que se font du peuple ceux qui s’en présentent pourtant volontiers comme les défenseurs.
Elle semble millénaire, mais l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, en Provence, n’a qu’une quarantaine d’années. Le secret de son succès? Une ambition combinée à l’observance de principes ancestraux. RP
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Il nous faut le répéter inlassablement: cet écueil ne sera jamais le nôtre. Avec ceux qui sont prêts à dialoguer parmi nos contradicteurs, nous dialoguerons toujours; sans édulcorer nos convictions mais sans non plus violer les règles de notre profession et de notre humanité. Nous recherchons, dans un certain art de l’opposition argumentée, des vertus spontanées qu’une civilisation bâtie tout entière pour la pensée unique peine désormais à tolérer.

Avant toute chose, il nous faut désormais bâtir. Dans cette édition, nous vous emmenons dans le Vaucluse du côté d’une jeune abbaye bénédictine restée fidèle à la messe traditionnelle. Assaillie par un mistral qui ne faiblit jamais, une communauté de moines, dont bon nombre ont à peine atteint l’âge adulte, s’y réveille chaque matin à 3h20 face au Mont Ventoux pour débuter la longue suite des offices. Dans l’omniprésence du latin et du chant grégorien, ces êtres tonsurés tout droit sortis du Moyen-Âge embellissent le monde de leurs oraisons et y répètent des gestes de courtoisie datant parfois de l’Empire romain.

Si nous vous en parlons, ce n’est pas parce que nous profitons des Fêtes, comme on dit dans le langage de l’entreprise, pour vous asséner un petit coup de catéchisme en douce. Notre projet est politique et tient farouchement à maintenir une unité, certes fragile, mais une unité tout de même, parmi ceux qui refusent qu’un État cancérigène et métastasique leur dicte leur conduite, leurs valeurs et la manière d’éduquer leurs enfants. Certains trouvent cette liberté dans la foi ou dans un héritage philosophique davantage marqué par les idées libérales. Peu importe.

L’exemple de l’abbaye du Barroux, fondée il y a quelques décennies à peine, est là pour donner un exemple qui dépasse les convictions religieuses. Avec son refus obstiné des valeurs modernes, sa règle millénaire totalement étrangère à l’univers du wellness, cette communauté nous montre qu’il est encore possible d’élever le monde, pour peu que l’on commence par élever le niveau des âmes. La phrase est belle mais elle n’est pas de nous. Elle se trouve dans un petit livre placé en cellule et justifie à elle seule que l’on ait pris part quelques jours à la vie des moines, avec son exigence de tenue et ses moments de grâce.

Il nous reste à bâtir.

Joyeux Noël.

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  • Mater Dolorosa 3/5 – Un deuil fantôme

  • L’observatoire du progrès // Mai 2024

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