Migros lâche un « soixante-dix » de la discorde

16 juin 2026 — par Raphaël Pomey
En plein Suisse-Qatar, un malheureux détail linguistique a fait bondir une de nos lectrices. Une publicité fautive est en cours de réenregistrement.

« Quelle honte », « C’est honteux grrrr », « C’est fou quand même de la part de Migros »… Sur YouTube, les quelques commentaires accompagnant la publicité « Tout pour l’été du football : caisse » sont fort peu élogieux. En cause : le « treize, soixante-dix » qu’une caissière y demande à un client tout en tapant dans ses mains à la manière d’une supportrice dans les tribunes. Diffusé durant le premier match de la Nati lors du Mondial de football, ce sketch a également vivement fait réagir une de nos lectrices, qui nous a écrit deux jours après les faits : « N’y a-t-il pas un petit problème de langue ? Très décevant pour une entreprise suisse se disant proche des habitants. »

"Soixante-dix" à la place de "septante" dans une pub Migros

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Mais que s’est-il passé ? Le « 70 » à la française serait-il en cours d’implémentation dans nos contrées ? L’agence responsable aurait-elle été choisie de l’autre côté de la frontière ?

Du côté de Migros, on concède un « léger faux pas dans l’adaptation francophone du spot ». Le distributeur explique : « Cette version a été réalisée à partir d’une base suisse-allemande et, lors de son adaptation en français, ce détail linguistique a échappé aux vérifications, y compris à celles de plusieurs Romands. Toutes nos publications sont pourtant relues et validées par des locuteurs natifs de la langue de publication. » Et de demander pardon à notre lectrice pour ce « petit choc linguistique », car en Suisse romande, « septante », comme « nonante », relève de véritables « questions d’identité ».

À l’heure où nous écrivons ces lignes, ce spot comporte encore son “erreur” de traduction d’origine.

Les grands travaux pour réparer le couac

Estelle Cruchet-Hain, porte-parole de Migros, précise que l’entreprise a déjà pris le taureau par les cornes : « Nous prenons le sujet au sérieux et avons immédiatement agi : la bande-son est en cours de réenregistrement. Nos collègues y vont à cent-nonante à l’heure pour que la version corrigée soit prête avant la prochaine diffusion du spot. »

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Sera-ce suffisant pour apaiser le courroux des téléspectateurs bousculés dans leurs habitudes linguistiques ? Le mystère restera sans doute digne des cultes mithriaques. Mais de son côté, Migros préfère conclure en philosophie : « Notre identité romande ne tient pas à un chiffre près, mais nous sommes bien d’accord qu’elle mérite d’être respectée dans les moindres détails. »

Commentaire:
Le couac de Migros aura eu au moins deux mérites : réveiller les téléspectateurs romands durant un match de football parfois éprouvant et rappeler que l’identité ne se joue pas uniquement dans les urnes. Tandis que certains annoncent la disparition de l’exception suisse après chaque résultat électoral qui ne leur convient pas, la réaction quasi immédiate suscitée par ce simple « soixante-dix » montre que les particularismes romands ont encore de beaux jours devant eux. On peut trouver cela excessif, mais on peut aussi y voir quelque chose d’assez sain.