Disons-le d’emblée : je n’aspire pas spécialement à être « comme Monsieur Castor » dans la vie.
C’est pourtant à lui que vous avez confié, dans un message d’information diffusé à l’échelle de votre canton, la mission d’expliquer aux contribuables comment cocher la case correspondant à leur confession dans leur déclaration d’impôts. Catholique, réformé ou catholique chrétien, le contribuable-castor est ainsi invité à faire un premier pas pour soutenir votre action grâce à ses deniers.
Je n’habite pas Neuchâtel. Mais comme chrétien — et comme observateur attentif de la manière dont l’Église se donne aujourd’hui à voir — il m’est difficile de rester indifférent à ce que révèle un tel dispositif : non pas un simple choix graphique maladroit, mais une conception profondément infantilisante du rapport entre l’institution ecclésiale et les personnes auxquelles elle s’adresse.

Le ton est léger. Les couleurs sont rassurantes. Le propos se veut pédagogique. « Ludique », diront les plus endoctrinés — tant la métaphore du jeu a désormais envahi tous les domaines de l’existence, y compris ceux qui, autrefois, exigeaient un reste de sérieux. La foi, l’argent, la responsabilité personnelle : tout est dissous dans le bain tiède de la bienveillance contemporaine.
Régression forcée et tutoiement obligatoire
Comme conservateur, j’ai plusieurs problèmes avec votre message. Je confesse volontiers n’avoir jamais été un grand amateur de bande dessinée, mais là n’est pas le sujet.

Le véritable problème est ailleurs : en vous adressant à des contribuables — donc à des adultes — vous avez jugé opportun de faire dialoguer un castor et un poisson pour faire passer votre message. Le tutoiement obligatoire, quant à lui, parachève l’entreprise. Il instaure cette fausse proximité infantile que l’on connaît bien en école enfantine — à ceci près que les maîtresses, en principe, ne cherchent pas à nous pomper notre argent de poche.
Chères Églises, croyez-vous que la personne qui reçoit ce document puisse sérieusement penser que cellzéceux qui ont validé une telle communication sont en mesure de lui transmettre les vérités éternelles ? Pensez-vous qu’on accorde sa confiance spirituelle à une institution qui puise son inspiration chez les Télétubbies ?
Si vous disposez, une fois par an, de l’occasion rarissime de vous adresser à l’ensemble de la population, ne devriez-vous pas en profiter pour paraître, au minimum, adultes ? Comment, d’ailleurs, une administration cantonale a-t-elle pu valider une telle production au point de l’inclure dans le matériel officiel de déclaration d’impôts ?
Je ne juge pas anodin que le premier à bondir ait été Jonas Follonier, rédacteur en chef du Regard Libre, plutôt laïcard. À force de vouloir paraître inclusifs, aimables et inoffensifs, vous parvenez à susciter l’agacement jusque chez ceux qui ne s’intéressent pas spécialement à vous. Faire fuir les distanciés relève tout de même d’un exploit qui mérite — sinon une médaille — au moins quelques lignes dans l’anthologie du progressisme ecclésial contemporain.
Message important !
Nous avons fait le choix d’une liberté radicale, mais elle est fragile.
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Attention : je ne dis pas que vous ne faites rien. Dans votre bande dessinée, un monsieur poisson explique d’ailleurs très consciencieusement au castor dubitatif ce que deviendrait son argent : accompagnement des personnes âgées, catéchisme, aide aux plus démunis, célébrations. Fort bien.
Mais si vous aviez le courage de vous adresser à l’intelligence des gens, vous expliqueriez aussi pourquoi d’autres Églises parviennent très bien à mener ce type d’actions sans recourir à ce système de financement, ni à ce type de communication. Peut-être n’y avait-il plus assez de place pour introduire un monsieur ornithorynque chargé d’aborder ce point délicat.
Aujourd’hui, je vous invite donc à faire un choix clair.
Soit vous vous adressez aux gens comme à des adultes responsables, capables de discernement, et vous pouvez alors leur demander de l’argent.
Soit vous leur parlez comme à des mineurs permanents, auxquels on explique la vie à coups de mascottes et de bulles colorées — auquel cas il me semble moralement préférable de ne pas profiter de leur docilité fabriquée.
Les martyrs ne sont pas morts pour des castors
Je veux bien que l’Écriture nous invite à être « semblables à des petits enfants ». Elle nous enjoint aussi d’être « prudents comme des serpents ». Je doute sérieusement que les chrétiens qui acceptaient de se faire dévorer par des lions dans les amphithéâtres soient morts pour qu’un jour des messieurs-castors nous expliquent l’existence à hauteur de pelage.
Je connais l’image que j’ai dans vos milieux : très conservatrice au mieux, infâme chez ceux qui ne prennent pas la peine de lire ce que j’écris. En réalité, ce qui me scandalise n’est pas votre modernité feinte, mais ce que votre style doucereux s’efforce de masquer chez certains d’entre vous : une forme d’autoritarisme managérial et de violence institutionnelle, d’autant plus problématiques qu’elles se drapent dans les habits sucrés de la pédagogie bienveillante — et dont le licenciement récent de mes confrères de Protestinfo a fourni une illustration éclatante.
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