Chère Lisa Mazzone,

4 mai 2026 — par Raphaël Pomey

Nous avons un point commun : une passion toute relative pour l’automobile, couplée à une nette préférence pour les transports publics. Fidèle, en cela, aux habitudes de votre électorat, j’aime prendre mon vélo électrique pour descendre de mon village jusqu’au parking intérieur de la gare d’Yverdon-les-Bains : c’est un lieu de haute civilité, une sorte de sas d’où il faut toutefois s’extraire furtivement si l’on tient à contourner les dialogueurs, avantageusement remplacés, en cours de journée, par les dealers.

Seulement voilà, je fais aussi partie de ces gueux qui ont bâti cette chose curieuse qu’on appelle une famille. Et quand on a une famille, qu’on vit dans la cambrousse et que les gens de son milieu résident un peu partout dans les DOM-TOM, on se passe difficilement de la Dacia officielle de la classe moyenne inférieure. Quand on n’a pas de poste dans son village, quand on doit aller en ville pour faire les courses sous la pluie ou rencontrer des clients, on peut aimer beaucoup les bus et les trains, mais rien ne remplace une de ces machines à quatre roues auxquelles vous faites la guerre.

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C’est que j’ai lu, le week-end dernier, que vous souhaitiez limiter la vitesse sur l’autoroute à 80 km/h pour réduire la consommation d’essence. Soumise à la SonntagsZeitung, cette idée ne sort pas de votre chapeau : elle avait été présentée avant votre courte retraite de la vie publique, en 2022, par votre prédécesseur à la tête du parti, Balthasar Glättli. Entre-temps, un événement d’importance a néanmoins marqué beaucoup d’esprits, sauf le vôtre visiblement : le « déclin de la vague verte », particulièrement visible lors des dernières élections communales dans mon canton (- 65 sièges et une présidente évincée à Prilly, quand même !). Il y a encore quelques semaines, la RTS écrivait encore que les Vert·e·s apparaissaient « comme les grands perdants de ce scrutin ». Ne serait-ce pas qu’il faudrait un peu changer de disque ?

Zombies et pont-levis

Alors je sais que vous dénoncez un climat qui vous devient très hostile, et un « backlash contre l’écologie ». Mais la stratégie du Caliméro perpétuel a ses limites : croyez-vous vraiment que vous allez donner envie de voter pour vous au prolo qui s’imagine déjà rouler à 80 km/h matin et soir pour se rendre au boulot imposé à deux heures de chez lui par l’ORP ?

L’essayiste marxiste Jean-Claude Michéa, dans un ouvrage récent – l’avant-dernier – je crois, évoquait le fantasme d’une certaine gauche : mettre en place une ségrégation spatiale, un peu comme dans les films de zombies de George A. Romero (d’ailleurs marxiste lui aussi). Alors certes, vous avez saisi que le pont-levis est désormais bien démodé, mais ce goût des interdits, des taxes, qu’est-ce d’autre qu’un réflexe de mise à distance des gens ordinaires ? L’histoire récente, en France, a montré que ce genre d’attitudes finissait parfois par faire porter un gilet coloré aux désespérés.

Chère Madame Mazzone, il y a de nombreuses personnes pour qui j’ai de l’estime dans votre parti. Certaines exercent de hautes responsabilités dans les principales villes de ma région jusqu’à l’exécutif cantonal. Une chose qui les caractérise, c’est le refus de la politique-spectacle. Au nom d’un idéal, elles cherchent des chemins raisonnables, des compromis et ne se complaisent pas dans des postures pseudo-radicales. Je vous invite à vous inspirer de ces gens si vous souhaitez conduire – même à 80 km/h – votre parti ailleurs que dans le mur.

Une politique hors-sol ?

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