Cher JD Vance,

15 avril 2026 — par Raphaël Pomey

Montage: portrait officiel/canva

Nous avons un point commun : comme vous, je ne fais pas mystère de mon admiration pour notre pape Léon XIV. Je dis « notre » car j’ai cru comprendre que vous étiez catholique, même s’il m’arrive d’en douter.

Pourquoi cela ? Parce qu’en bon chien de garde de votre président Donald Trump, vous voilà appelé à la rescousse pour renforcer les attaques contre l’évêque de Rome. Ainsi, dites-vous, le chef de l’Église « devrait faire attention avec les sujets de théologie », tout comme il devrait « s’en tenir aux questions morales » et ne pas entrer dans des querelles politiques. Vous tracez ainsi une ligne de démarcation entre ce qui relèverait du « religieux » et ce qui, selon vous, serait du seul ressort des élus comme vous.

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Vous êtes bon apôtre

Belle prudence, mais qui peut surprendre. N’est-ce pas justement votre bon maître qui, en ce début de semaine, se présentait lui-même comme Jésus ? N’est-ce pas lui qui a mis en vente sa propre Bible en 2024 ? En matière de confusion des ordres, vous conviendrez que les manifestations les plus violentes se trouvent plutôt de votre côté de l’Atlantique. Du reste, n’est-ce pas déjà votre pays qui nous vendait, il y a vingt ans, la guerre des civilisations contre « l’axe du mal », citations de l’Ancien Testament à l’appui ?

Mais si vous permettez, j’aimerais réfléchir avec vous à cette notion de « s’en tenir aux questions religieuses ». Ce mot de « religion » m’a toujours paru suspect. Qu’est-ce qui définit une religion ? La croyance en un au-delà ? Dans ce cas, le platonisme en serait une, et certaines spiritualités orientales, que nous classons comme telles, ne le seraient pas.

Pour trancher, j’aime recourir à la définition qu’en propose William Cavanaugh dans Le Mythe de la violence religieuse. Je n’ai pas le livre sous les yeux, depuis l’hôtel où je vous écris, mais il me semble que la religion est ce pour quoi l’on est prêt à mourir – et peut-être un peu à tuer. Ce qui me laisse à penser que la religion de votre pays n’a jamais été le christianisme, mais bien l’argent.

La lutte contre la confusion des ordres a de beaux jours devant elle.

Vous dites que le vicaire du Christ est trop politique lorsqu’il appelle à la paix. Je dis qu’il n’exprime rien d’autre que la loi naturelle inscrite dans le cœur de l’homme, qui incline à rechercher la paix. Il n’y a bientôt plus que les allumés qui prétendent lutter pour la survie de l’Occident chrétien qui n’y croient plus – du moins tant que ce n’est pas eux qui doivent prendre les armes.

Cher Monsieur, j’ai du mal avec cette idée de pasteurs qui ne devraient parler que de questions de théologie hyper pointues. Un temps, il est vrai, j’ai eu le sentiment que François, le prédécesseur de Léon, ne maîtrisait plus guère son engagement sur des questions politiques, environnementales et sociales, rompant le lien avec la tradition. Je ne crois pas que l’on puisse faire le même reproche à Léon.

Il n’y a pas d’un côté la vie des âmes, et de l’autre la Cité des hommes. Il y a aussi une doctrine sociale de l’Église – que vous connaissez manifestement mal – qui diffuse un enseignement sur l’organisation de ce monde. Cette doctrine ne dit pas pour qui voter, ni s’il s’agit de militer à gauche ou à droite. Mais elle donne de grands principes, qui orientent l’action de l’Église depuis le 19ème siècle.

Pendant que votre pouvoir multiplie les outrances, cette voix appelle aujourd’hui à la réconciliation et à la paix, de la Turquie au Cameroun, en passant par l’Algérie. Comme chrétien, vous comprendrez que je préfère l’écouter plutôt que le son des trompettes guerrières d’un pays qui a fait de l’impérialisme, de l’industrie du porno et des jeux d’argent des marqueurs de sa puissance.