« Oui, l’auteur présumé de l’incendie de Chiètres est bien de nationalité et d’origine suisse. »
Voici ce que La Liberté a publié, relayant la parole des autorités, jeudi 12 mars. Il s’agissait alors de « débunker » des fausses informations, relayées notamment par l’influenceur français installé à Monthey Colin Walks.
Mais pas seulement. Dans la nébuleuse des comptes de l’extrême droite numérique, la semaine a été marquée par d’innombrables appels à la résistance contre l’invasion migratoire, cause supposée du drame qui venait de coûter la vie à plusieurs personnes piégées dans un bus. Et même lorsque la nationalité du suspect est devenue publique, certains ont poursuivi l’enquête à leur manière : chercher l’origine, la religion — puis virer au complotisme lorsque les informations officielles ne correspondaient pas aux fantasmes.
Des influenceurs chrétiens contre le christianisme
On pourrait se contenter de hausser les épaules face à ces outrances. Mais elles touchent un nombre incalculable de personnes, sur des réseaux que certaines classes d’âge fréquentent peu. En se faisant les porte-parole d’une civilisation chrétienne qui ne leur a rien demandé, certains agitateurs soufflent aussi sur les braises d’un choc des civilisations qui, au fond, est à l’opposé même du discours de l’Église.
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Qui rappellera que, en décembre 2025, le pape Léon dénonçait « des craintes souvent alimentées par des personnes opposées à l’immigration et qui cherchent à exclure ceux qui viennent d’un autre pays, d’une autre religion ou d’une autre origine ethnique » ?
Ce magazine de réflexion est chrétien et conservateur. Cela signifie qu’une certaine pudeur s’impose lorsqu’un drame de cette ampleur survient. Cela signifie aussi que nous n’apprécions pas de voir la foi qui irrigue notre pensée instrumentalisée, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, pour en faire un principe de désunion chez nous.
La Suisse est un pays de tradition chrétienne, qui doit continuer à s’affirmer comme tel. Mais n’est-ce pas précisément le propre du miracle helvétique que d’avoir su faire cohabiter des origines diverses, à travers le même creuset de l’armée, de l’apprentissage ou de la démocratie locale ?
Ce pays a ses failles. D’ailleurs, l’homme qui a emporté des vies était un désespéré bien de chez nous. Sous curatelle, il vivait dans un camping-car, comme tant de miséreux que le Jerry Springer Show, cette émission américaine que nous regardions autrefois d’un œil effaré, faisait défiler sur son plateau pour les moquer.

Ne pas oublier le réel
Mais cette réalité-là n’intéresse guère une certaine droite. Obnubilée par le « combat civilisationnel », que ferait-elle du socle de la plupart des drames humains dans le monde réel : cette question sociale qu’elle préfère souvent ignorer ?
La droite libérale prospère, elle qui veut nous augmenter la prime minimale d’assurance maladie. La droite identitaire fait fureur sur les réseaux sociaux. Face à ce désert, quelque chose comme une droite sociale — ou un populisme au sens social du terme — doit absolument émerger.
