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Débats - Le Peuple Débats - Le Peuple

Duel avec un gaucho

C’est le fond sonore idéal pour éplucher vos oignons ce soir : nous avons compilé pour vous les meilleurs moments de la semaine d’émission que nous avions passée en compagnie de Duja, dans La Chose Publique, sur Couleur 3.

Au menu, pas mal de vannes, de la bonne humeur mais du fond, aussi. Ou quand le dialogue l’emporte sur les divergences idéologiques.

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Une réponse au « Matin » 

L’ex-tabloïd nous ayant mis en garde contre l’émergence d’un dangereux faisceau de “plumes de droites” – bien sûr pro-russes et antivax – nous vous proposons de rétablir deux ou trois vérités.

On trouvera du Jacques Chirac, du Nabilla et d’autres fantaisies dans cette vidéo.
Lire aussi : l’édito de la prochaine édition




Les vérités partielles font d’excellents mensonges

L’enquête sur les abus sexuels commis dans l’environnement de l’Église catholique en Suisse (1950 – 2020) a l’immense mérite de jeter un rayon de lumière sur des actes qui, sans elle, seraient certainement demeurés cachés, et auraient pu, longtemps encore, être sous-estimés et niés. Je partage avec les enquêteurs la conviction que le nombre de cas identifiés n’est que la partie visible de l’iceberg – pour mille raisons qui leur appartiennent, beaucoup de victimes ne parleront jamais.

Mais c’est là que s’arrête mon approbation. En effet, la méthode révélée par le premier rapport d’enquête et par les communications officielles qui ont suivi sa publication, soulève un grave problème, qui est celui des vérités partielles. S’il s’agissait uniquement d’observer ce qui s’est passé, dans tel milieu, à telle époque, alors limiter la recherche audit milieu et à ladite époque serait justifié, et suffisant. Toutefois, la recherche sur la violence a toujours des visées qui vont au-delà de cette seule observation ; elle cherche à identifier les causes de la violence, dans un but en principe avoué de prévention. Or, il est impossible de s’exprimer sur les causes de la violence si le champ d’observation est verrouillé sur le milieu concerné. Sans surprise, les causes sont alors nécessairement trouvées dans les caractéristiques attribuées au milieu en question. En l’occurrence, le célibat des prêtres, des idées dépassées en matière de sexualité, une vision trop verticale de la hiérarchie, etc.

Or, si l’on étend le champ d’observation à la société dans son ensemble (ce qui entre dans la mission des enquêteurs puisque “l’environnement de l’Église catholique en Suisse” est évidemment aussi constitué de l’ordre juridique suisse et de la façon dont il est respecté, ou pas, de manière générale), la compréhension de la situation est bien différente.

En effet, une brève recherche (sur une piste entrevue dans le sillage de mon Pacte des Idoles) m’a permis de découvrir qu’en 1992, la population suisse a accepté lors d’un referendum de réduire de 10 ans à 5 ans le délai de prescription des actes d’ordre sexuel avec des enfants. Ce délai de 5 ans était le résultat d’un compromis des Chambres fédérales, car notre Conseil fédéral avait de son côté préconisé (dans un Message de 1985) de le réduire à 2 ans, précisant qu’une telle réduction était “dans l’intérêt de la victime”. Cette opinion du Conseil fédéral se fondait sur le rapport d’une commission d’experts émis en 1977 (après six années de travaux entamés en 1971). Selon ladite commission d’experts, qui était composée de nombreux professeurs d’université, juristes, médecins et magistrats, la majorité sexuelle devait être abaissée à 14 ans (certains experts envisageaient 10 ou 12 ans), il n’était pas certain que les actes d’ordre sexuel avec des enfants commis sans violence ni menace soient nuisibles pour les enfants, alors que l’expérience avait selon eux démontré que les enfants souffraient des enquêtes et de la désapprobation de leurs parents, la plupart des enfants entre 12 et 16 ans n’étaient (enquêtes scientifiques chiffrées à l’appui) pas des victimes, mais avaient initié les actes d’ordre sexuel, s’y étaient volontiers adonnés ou y avaient consenti. Pour toutes ces raisons, si aucune procédure n’avait été engagée dans un délai de 2 ans après les faits, il fallait éviter de “réveiller le passé”. Le rapport de la commission d’experts affirme expressément vouloir mettre fin à la pruderie issue du XIXè siècle, la sexualité étant désormais une activité comme une autre, “une des diverses possibilités du comportement humain”. L’Amnésie de l’ogre fournira au lecteur davantage de détails, et lui proposera quelques pistes de réflexion.

Évidemment, tout cela ne change rien à la gravité de ce qui s’est passé au sein de l’Église catholique, qui, à l’époque comme aujourd’hui, n’était pas censée suivre la mode des experts mais fonder sa doctrine et son comportement sur l’Encyclique Humanae Vitae (qui règle le compte des experts dès son préambule). Toutefois, c’est quand même sur cette toile de fond (de banalisation par les experts et la politique) qu’agissaient les catholiques (et les non catholiques, d’ailleurs), et que des parents, directeurs d’école, prêtres ou évêques ont dû prendre les décisions qui leur sont aujourd’hui reprochées (comme s’ils avaient évolué dans un petit monde fermé et particulièrement pervers). Aussi, à la lecture du rapport d’enquête publié au sujet de l’Église catholique par les experts de l’Université de Zurich (qui ont succédé à leurs collègues de 1977), on devrait quand même s’interroger sur les raisons d’une lacune aussi béante dans leur recherche – pas un mot sur les experts, sur le monde académique, sur la politique suisse. Les vérités partielles font en cela d’excellents mensonges, et ceux qui veulent cacher quelque chose pourraient bien, ici, ne pas être ceux qui font l’objet de l’enquête.

Raphaël Baeriswyl

Pour aller plus loin

  • Le Pacte des Idoles – trois essais girardiens, Ad Solem, Paris, 2019
  • L’Amnésie de l’ogre, REVELATEUR, Chêne-Bougeries, 2021
https://www.raphaelbaeriswyl.ch/



Cher Pierre Dessemontet, j’ai presque rêvé de toi

Voilà quelques semaines, nous nous sommes lancés dans une joute épistolaire avec le syndic socialiste d’Yverdon-les-Bains. « Progressiste, européen et mondialisé », selon ses termes, il demandait dans son premier message s’il est sain, comme le fait Le Peuple, de dialoguer avec tout le monde, et notamment avec les milieux les plus radicaux. 

Cher Pierre, il faut que je te fasse une confidence : cette nuit, je me suis un instant rêvé dans la peau d’un élu. Pour une raison qui m’échappe, je me trouvais au Conseil national, en pyjama (!), à me demander ce que je faisais là et avec qui, exactement, je devais siéger. Étonnant pour un bonhomme que tu sembles situer à la droite de la droite, dans ta première missive. 

Cela fait plusieurs semaines que je voulais te répondre, en réalité. Pour ne pas te mettre dans l’embarras en période électorale, j’ai préféré laisser couler un peu d’eau sous les ponts afin que tu puisses enchaîner sans devoir jouer la montre. De fait, je dois t’avouer que je trouve bien étrange certaines pudeurs qui semblent t’habiter dans ta première lettre : n’étant porté ni sur le racisme, ni sur la haine de qui que ce soit, je suis toujours étonné de découvrir la perception que l’on se fait de ma petite personne dans certains milieux. Sans doute as-tu quand même un peu rigolé en découvrant cet article du Blick, peu après ton message, qui demandait si tu faisais bien de discuter avec « l’extrême-droite ».

https://www.youtube.com/embed/uwrEFdhHUOY
D’ailleurs tu vois, j’échange avec d’autres socialistes.

Aussi, je vais te parler d’une question qui me hante, et ce n’est pas une blague : et si dans le fond, je n’étais pas de gauche ?

Cette interrogation ne sort pas uniquement de mon cerveau reptilien et détraqué. J’ai eu la surprise de l’entendre de la bouche-même d’une journaliste qui, cette semaine, venait à la maison pour faire mon portrait. J’imagine que j’étais en train de lui parler de Chesterton, mon auteur favori comme tu le sais, et de la doctrine économique qu’il défendait aux côtés de son ami Hilaire Belloc – le distributisme. Je pense qu’on ne l’étudie guère au PS, aussi vais-je t’en résumer quelques traits saillants :

  • Défense acharnée de la propriété privée
  • Lutte tout aussi acharnée pour une redistribution équitable des richesses
  • Suppression du modèle bancaire actuel
  • Localisme et retour aux guildes médiévales

Est-ce que c’est de gauche ? Un peu. De droite ? Un peu aussi. Irréaliste, passablement. En réalité, c’est simplement la traduction politique de la doctrine sociale de l’Église. Je conçois que peu de gens s’y intéressent encore, mais cela ne place pas pour autant ces réflexions dans le champ de l’extrémisme.

Tu poses la question des vertus réelles du dialogue avec des courants radicaux, tel que je le pratique ouvertement. Je conçois que cela inquiète. L’amusant, c’est que je suis certain qu’on t’a fait exactement la même remarque à propos de nos échanges amicaux, sur les réseaux sociaux ou ici. La cause est simple : nous avons tous nos extrémistes. Ce n’est pas cela qui compte ; ce qui compte c’est la constance de nos affirmations, la courtoisie des échanges, l’honnêteté intellectuelle. Je les sais aussi répandues à gauche qu’à droite. Si j’ai choisi la liberté, c’est pour ne pas devoir m’imposer des frontières idéologiques qui ne m’intéressent plus.

Alors de gauche ou de droite ? Je dirais tout simplement chrétien. Non, je ne cherche pas une échappatoire ; je dis simplement à qui va mon cœur :

  • Il va à ces livreurs de pizza chez Uber Eats, qui subissent de plein fouet la précarité et le « progrès ».
  • Il va à ces immigrés qui, sans intéresser beaucoup les starlettes de la politique woke (Marius Diserens), se lèvent le matin pour aller travailler à la poissonnerie de la Migros en se fichant pas mal des toilettes neutres. 
  • Il va à ces petits patrons qui ont le poids de nombreuses familles sur les épaules, et qu’une certaine gauche voit comme autant de rapaces.
  • Il va enfin à tous ceux qui savent que la vie est tragique.

« Heureux les doux, car ils posséderont la terre », affirme un bouquin que j’aime bien. Je conçois que mon envie de ne pas discriminer puisse surprendre, quand elle m’amène à côtoyer des identitaires. Elle les choque certainement tout autant quand je dialogue avec des « gauchistes » et des « mondialistes » dans ton genre. Que pouvons-nous y faire ? Simplement rester fidèles à nos convictions, qui ne sont pas si éloignées je crois.

J’en reviens à mon rêve initial : avec qui devrais-je siéger, dans un hémicycle ? Dis-moi si je me trompe, mais j’imagine que le PS ne voudrait pas de moi. Peut-être au Centre, par goût helvétique du compromis ? Par conservatisme, sans doute à l’UDC, même si certaines obsessions du parti me lasseraient vite. La vérité est en réalité très simple : il n’y a pas de place pour un homme comme moi dont le tempérament est à droite et le cœur à gauche. Pas plus à l’extrême-droite qu’ailleurs.

Reste une ultime question qui me taraude : pourquoi ce refus si marqué, chez toi, des régionalismes ? Comme grand lecteur, n’as-tu jamais remarqué que c’est à travers le particulier que les plus grands – Dostoïevski, Ramuz ou Bernanos – ont toujours su remonter à l’universel ?

Je te pose la question de façon plus provocante : la chorale du Brassus ne vaut-elle pas mieux que tous les Yannick Noah du monde ?

Au plaisir de te lire,
Raphaël




[Tribune] 5000 usines à gaz en Suisse…

Vous vous souvenez des « avions renifleurs » de Valéry Giscard d’Estaing ? Repérer des gisements pétroliers en survolant plaines, jungles et escarpements hostiles : telle était la belle promesse de deux habiles escrocs dans les années 1970. Quel rapport avec les parcs industriels éoliens ?

Le contexte énergétique d’abord

Ces miraculeux aéronefs ont décollé en période de crise pétrolière majeure, mais aussi de néocolonialisme. De saugrenus émirs verrouillent le robinet pétrolier, haussent le prix de l’or noir, annoncent l’épuisement des gisements ? Pas de panique ! Prenons de la hauteur ! Survolons les contrées déshéritées et localisons de nouvelles ressources, abordons ces peuplades misérables et incultes, faisons tinter quelque menue monnaie et luire mille promesses. Et surtout ne changeons rien aux Trente Glorieuses ! Vive la vie industrielle et l’avenir radieux ! Sans quoi, ce sera encore la misère ! C’est ce qui vient de se passer dans le Jura romand.

L’affaire des avions renifleurs. Texte intégral du rapport de la Cour des Comptes, paru dans « Libération » du 4 janvier 1984.

Les années 1970 n’étaient en effet que le prolégomène de 2020. Les avions renifleurs n’ont jamais flairé que les crédules, les naïfs et surtout les opportunistes tôt levés parmi les politiciens et les industriels. La leçon de l’histoire devrait avoir porté et nous épargner ça. Les éoliennes montrent qu’il n’en est rien. Parce que la psychose devant la nécessité d’un changement est toujours prête à faire trembler le citoyen lambda devant les urnes et parce que les consortiums en tous genres ont compris que l’on ne faisait désormais du profit qu’avec l’assentiment de l’émotion collective.

Le dilemme politique, ensuite

Le citoyen a eu peur du nucléaire ; les doux yeux de Doris Leuthard (ndlr ancienne conseillère fédérale démocrate-chrétienne) l’ont convaincu qu’il fallait interdire l’atome pour se sentir aimable. À peine la souriante Argovienne disparaît-elle des écrans que Greta Thunberg la remplace et soulève la jeunesse contre les émissions de CO2. Le tsunami vert déferle sur les calicots (en vidant les écoles tous les vendredis), dans les urnes, et aux rayons de la Coopé. Skolstrejk, flygskam : on apprend deux mots de suédois et on convoite des sièges ni à l’école, ni dans les avions, mais au parlement. 

Pendant ce temps, l’Allemagne ferme vertueusement ses centrales nucléaires et érige 28 000 éoliennes. Mâts gigantesques, hélices paresseuses, son et lumière garantis toute la nuit ! Tout comme dans les pays nordiques et au long de la côte atlantique. Ces machines, malgré leur nombre accablant, malgré des régimes de vent plutôt optimaux en plaine et en bord d’océan, peinent à dépasser 20 % de rendement et surtout échouent à satisfaire les besoins énergétiques réels. Car le vent ne souffle pas en permanence ! On le savait depuis toujours, mais le sénateur moyen est un animal d’intérieur qui pense que les statistiques et les powerpoint comportent un supplément de réalité et jettent les bases d’un monde neuf et frais, tiré par lui de son chaos ordinaire.

Le parc expérimental éolien offshore « Alpha ventus » en mer du Nord. Martina Nolte/Creative Commons

Enfin, l’addiction à la consommation

Comment permettre au Strasbourgeois de recharger son portable, sa tondeuse à gazon, sa Zoé ou sa Tesla ? Et sans plus toucher au nucléaire, hein ? En réactivant les usines thermiques, pardi ! Ah, en plus, il vaudrait mieux ne pas consommer du gaz russe ! Alors réchauffons les usines à charbon ! N’est-ce pas dans les vieilles marmites que l’on fait la meilleure soupe ? Et ne disons rien de ces monstres tousseux qui rejettent à pleines bouffées du CO2 et de la suie dans l’atmosphère ! Dame, les Chinois se gênent-ils ? Produire plein pot, ne rien dire, enfumer au propre et au figuré. Et se pâmer devant ces blanches et indolentes déesses surplombant de leur geste circulaire des paysages « renouvelés » qui ne semblaient attendre qu’elles !

Bref, l’échec éolien est constant dans les pays qui s’y sont lancés tête baissée. Pourtant la Suisse l’ignore obstinément. Conversez avec quelques députés vaudois. Vous les savez intelligents, amoureux de leurs concitoyens et de leur terroir. Ils vous répondent texto : « Moi, les éoliennes, je trouve ça beau ! ». Le parlementaire vaudois est un esthète, il a pour credo les goûts et les couleurs. D’ailleurs son parti est assez vert quand il ne l’est pas complètement. Et les dents de Mme Isabelle Chevalley sont blanches et longues, signe évident de vertu.

D’aucuns pensaient pourtant que le mandat politique vous plongeait dans des lectures, vous muait en vérificateur, en comparateur, en visionnaire critique et informé. Eh bien non ! Il semble que l’on puisse laisser parler ses goûts, son cœur, ses élans. Après « J’aime la beauté de l’éolienne !», on portera sans doute son dévolu d’élu sur les lignes pures et luisantes d’une culasse, on chérira le style dépouillé des courriers fiscaux, on frémira devant l’architecture sobre et digne des pénitenciers sur laquelle l’ombre du fer barbelé ajoute, en contrepoint, un je-ne-sais-quoi de baroque, ma chère !

Or si l’on vérifie les chiffres, le rendement des éoliennes est pitoyable, la force des vents mesurés s’affaisse, l’irrémédiable atteinte à la biodiversité alarmerait le meilleur actionnaire de Monsanto. Si l’on compare le bilan énergétique suisse avec celui des pays voisins, on découvre qu’il est parmi les meilleurs tandis que l’Allemagne et les autres pays éoliens affichent des résultats scandaleux. Si l’on évalue méthodiquement les solutions envisagées, on découvre, ébahi, que pour avoir les 5000 éoliennes nécessaires aux objectifs de 2035, il faudrait en planter une par jour alors que le secteur est en rupture de stock et que Siemens est en faillite. On notera encore que le démantèlement est estimé à 100 000 francs par les promoteurs (en 2050 !); tout le reste sera à charge du propriétaire de parcelle et probablement (même si tout cela est dangereusement vague) de la commune, du canton, de la Confédération. Si l’on projette une vision à long terme et qu’on la soumet à une réflexion critique, on réalise que l’une des seules ressources naturelles de cette Suisse citadine très densément peuplée tient en ses sites naturels, ses paysages, ses espaces de ressourcement. On se souvient d’ailleurs que le peuple s’est clairement prononcé en 2008 contre le mitage du territoire et que créer des parcs industriels ou photovoltaïques en altitude bafoue cette volonté démocratiquement exprimée. 

Ce qui brûle, ce sont les hectolitres d’huile de lubrification. D’ordinaire, ils se répandent en gouttelettes dans les environs.

Alors comment expliquer que l’on persiste à enfumer le public et à s’enivrer de l’illusion éolo-solaire ? Parce qu’on n’a rien d’autre sous la main en matière de politiquement correct ! Parce que la pression médiatique réclame aux élus des réponses immédiates qui les empêchent de faire un travail de fond ou de consulter des ONG sérieuses et indépendantes comme A Rocha, qui élaborent des solutions globales « aussi vite que possible et aussi lentement que nécessaire ». Mais plus affligeant, parce que l’action évidente, immédiate qui consiste à équiper de panneaux solaires tous les toits des bâtiments publics, puis les murs anti-bruit des bords d’autoroute semble plus difficile à réaliser que de semer des zones industrielles dans les hautes contrées inviolées de notre pays. Peut-être parce que les promoteurs avancent avec de gros budgets, parce que la planification fédérale confiée à l’Office fédéralde l’énergie sponsorise largement Suisse-Eole qui agit au profit des consortiums privés et supra-nationaux.

Peut-être encore parce que la panique climatique nécessite un sacrifice : chaque socle d’éolienne exige que l’on abatte des arbres, que l’on défonce des terrains restés dans leur état millénaire. Le promoteur éolien tient, avec la tronçonneuse et la pelleteuse – les coutelas sacrificiels d’aujourd’hui. Une fois la nature terrassée, on éprouve le sentiment profond qu’elle se calmera car elle aura vu que l’humain a fait tout ce qu’il a pu. Planter sur le Chasseron un peuple vrombissant d’éoliennes, c’est reprendre le chemin ancestral, archaïque des autels paléochrétiens que les archéologues ont mis au jour. L’aveugle admiration, la prosternation tremblante devant ces titans de métal et de fibres synthétiques sont liées à une pensée religieuse et magique fondée dans la mise à mort de ce qui sera leur environnement – et ne sera plus le nôtre. Nous précipiterons-nous à leurs pieds ?

Aussi vite que possible et aussi lentement que nécessaire… Il est urgent non pas d’attendre mais de ralentir, de pondérer, de discerner. Il est urgent de mesurer la valeur inestimable de la nature suisse. Il est urgent et surtout indispensable de décroître.

Il est urgent de résister.
Jean-Daniel Rousseil
Militant de la décroissance, ancien enseignant au gymnase, Jean-Daniel Rousseil préside l’association VOLauVENT.

Illustration principale: Photo montage de l’assoc. Des Gittaz, sur ce site opposé aux éoliennes. Vue place de la gare de Sainte-Croix

Les hélices ne sont pas encore arrivée que déjà, les pylônes confèrent quelque chose d’inquiétant à l’atmosphère de Sainte-Croix. DR/LP



Ramuz, cet étrange communiste

On connaissait les «chrétiens non pratiquants». Avec votre étude sur Ramuz, on découvre un «chrétien sans Christ». Qu’est-ce que cette étrange figure?

C’est le côté très paradoxal de Ramuz, qui utilise en effet à plusieurs reprises cette expression. Tout lui plaît dans le christianisme mais il n’arrive pas à comprendre la nécessité de cette «cire que l’on affublera de tous nos désirs, de nos élévations», comme il l’écrit. L’histoire du Christ apparaît dans sa pensée comme un mythe littéraire parmi d’autres.

Nie-t-il l’existence historique de Jésus?

Non, pas du tout, ce n’est pas Michel Onfray! Reste que l’on peut se demander pourquoi il se dit chrétien alors qu’il ne croit pas au Christ, qui est évidemment central dans cette foi. Je dirais que Ramuz est très sensible à la charité et à la beauté. Il aimait aller à la messe quand il venait en Valais. Il en appréciait l’ordre, le latin, le chant grégorien. Peut-être n’y serait-il plus forcément très sensible de nos jours… Il est aussi intéressant de noter que le Moyen-Âge le fascine. C’est sans doute la période culturelle qui le convainc le plus. Enfin, il évoque à plusieurs reprises une Personne, un Dieu personnel. J’aime dire de Ramuz que c’est un déiste intermittent.

Vous-même, comme chrétien, pourquoi vous intéresser aux déchirements spirituels d’un agnostique?

La question ne se pose pas ainsi: je m’intéresse à une œuvre parce qu’elle est belle. J’ai lu avec admiration ses livres, avant d’entrer dans une démarche de critique. En réalité, j’ai commencé à ébaucher l’idée de cet ouvrage en lisant les essais de Ramuz. Jusque-là, je l’associais à une sorte de chantre naïf de la nature, totalement dénué de psychologie, auquel je préférais des écrivains moins puissants mais davantage tournés vers les questions qui m’animaient. Durant mon adolescence spirituelle, quelqu’un comme Jacques Mercanton était pour moi presque plus important parce que je trouvais chez lui des choses dont j’avais besoin.

On sent que Ramuz cherche constamment des signes, des symboles, d’une réalité qui nous dépasse. Pourquoi cette quête?
Il recherche un absolu qu’il se refuse à appeler Dieu. Il l’appelle «Identité», notamment à la fin d’«Aimé Pache, peintre vaudois», où il met sous la plume de Pache cette belle phrase: «Je vais de partout vers la ressemblance, c’est l’Identité qui est Dieu.» Cette idée est très importante et rejoint celles de la réunion et du désir de cohérence.

Ce souci de la cohérence s’exprime à travers un terme qui revient fréquemment au début de votre essai: «communisme». Ce n’est pourtant pas une idée à laquelle on associe beaucoup l’auteur…

Il écrit lui-même que le but de l’art est de réunir les gens et que l’artiste est par là «communiste». Plusieurs romans mettent en scène la communauté rassemblée par l’artiste. C’est dans ce contexte qu’il utilise, de façon certainement un peu provocatrice, ce terme. Ramuz n’a évidemment rien à voir avec l’idéologie politique associée à ce mot.

Peut-on dire que c’était un homme de droite?

Stéphane Pétermann (ndlr spécialiste romand de l’auteur) a écrit un article instructif interrogeant pertinemment l’idée d’un Ramuz «anarchiste de droite». Pour ma part, je crois surtout que la politique en tant que telle ne l’a jamais réellement intéressé. Il n’a jamais eu la moindre velléité de s’engager. C’était quelqu’un qui était davantage tourné vers la contemplation. Un romancier par excellence, qui veut exprimer dans ses œuvres bien autre chose que des idées politiques.

Cet homme apparaît aux prises avec des questions spirituelles qui semblent souvent résolues chez nos semblables. Il manifeste également de l’inquiétude devant les bouleversements sociaux de son époque, nazisme, communisme. Finalement, qu’a-t-il encore à nous dire aujourd’hui?

Voilà une question que je ne me pose guère, quand je travaille sur un auteur. Je dirais que s’il y a une leçon ou une morale à tirer d’une telle œuvre, elle concerne chaque lecteur en particulier, touché par ce «sentiment tragique de la vie» dont elle est imprégnée.

Benjamin Mercerat, C. F. Ramuz ou l’utopie de l’Art, Editions de l’Aire, 2022

La plume et le souffle

Qu’est-ce que Ramuz peut bien avoir à raconter à notre époque? A cette question, Benjamin Mercerat préfère botter en touche. Sa quête, humble, est celle d’une mise en valeur d’une œuvre trop souvent négligée au profit de polars norvégiens ou de livres de développement personnel. Et pourtant, nombreux sont les thèmes de l’essai du jeune Montheysan qui résonnent douloureusement dans une postmodernité asséchée par la technique. La nostalgie d’un absolu auquel on ne parvient plus guère à croire, par exemple: un auteur comme Houellebecq ne surfe-t-il pas, avec brio, sur ce thème depuis trente ans? Et que dire encore du besoin de beauté? Ramuz aurait-il anticipé ces abominables chaussons pour enfants affublés de smileys en forme d’étrons? Surtout, qu’objecter à son rêve de communautés humaines saines et pas simplement, d’après le titre d’un de ses ouvrages inédits, d’une collection d’individus «posés les uns à côté des autres»? La grandeur de la méditation ramuzienne de Benjamin Mercerat tient au souffle qui la traverse. Peut-être n’y a-t-il pas de belle écriture sans, sinon la présence, du moins la nostalgie d’une transcendance. La chose vaut également pour la critique littéraire, et il est rafraîchissant de trouver des questions éternelles dans un tel ouvrage, au lieu des sempiternelles dissertations sur l’usage des virgules qui ne redonneront jamais le goût des classiques, de nos classiques dans le cas présent, au grand public cultivé. RP




Le patron était-il en droit de renvoyer des clients?

S amedi 13 août, un groupe de Jeunes UDC s’est rassemblé à Bâle dans le cadre de l’assemblée des délégués cantonaux du parti. Après les discussions, une vingtaine de membres ont souhaité se désaltérer dans un bar éphémère, «Ts’Fähri Bödeli». Les jeunes agrariens ne pourront jamais déguster leurs mojitos. «Je suis allé passer la commande en compagnie du président des Jeunes UDC, David Trachsel. Le barman a commencé à préparer les cocktails et nous a demandé de quelle organisation nous faisions partie, nous lui avons clairement répondu que nous étions de l’UDC», relate Sacha Turin, vice-président des Jeunes UDC suisses. Réaction claire, nette et précise du barman, détaillée par le politicien: «Il a alors posé les verres en disant ʻnous ne servons pas des gens comme vousʼ. J’ai pensé que c’était une blague.»

Le gérant du bar «Ts’Fähri Bödeli», Roger Greiner, s’est fendu d’une autre version dans les colonnes de 24 heures, deux jours après les faits: le groupe était un poil trop festif et son comportement ne fonctionnait pas avec l’atmosphère générale du lieu. Toujours selon le patron, qui s’occupe également des réservations, les Jeunes UDC n’avaient pas réservé et son établissement était plein. Il s’en est suivi une bataille d’arguments entre les différents acteurs, par média interposé.

«On ne peut vivre sans discriminer. Discriminer n’a rien d’injuste: les sentiments ne font pas la justice. Vivre ne crée en soi aucune injustice.»

Stéphane Geyres, président de l’Institut Mises France

L’histoire bâloise pose la question de la liberté. La liberté de servir un client, ou pas. Stéphane Geyres, président de l’institut Mises France et fervent défenseur du droit naturel, apporte sa réponse: «Il faut dire clairement que la légitimité d’un acte ne vient pas d’une constitution quelconque, mais du droit de propriété privée, qui devrait lui être supérieur. Ainsi chez soi, le propriétaire – ici le patron – est dans son bon droit de dire ou faire ce qu’il désire, tant qu’il n’agresse pas autrui – ici ses clients. Au-delà, les clients ainsi traités feront autant de chiffre en moins, le droit légitime sera vite remis face à l’intérêt.» Ça, c’est pour la vision anarcho-capitaliste, libertarienne.

Poursuites possibles

Seulement, la loi suisse encadre ce type de cas et pose des obligations. Maître Samuel Thétaz, avocat au barreau et associé chez Metropole Avocats à Lausanne, explique que si les faits sont avérés, ceux-ci sont graves: «Il est licite de refuser l’accès à un établissement public lorsqu’il existe une raison objective de le faire, comme un comportement agressif ou hostile vis-à-vis d’autres clients de l’établissement ou du personnel, des troubles causés ou un non-respect des règles applicables. En revanche, interdire de servir des personnes en raison de leur appartenance politique ou de leurs opinions est sans équivoque illicite et constitue une atteinte illicite à leur personnalité.»

Sacha Turin explique que les Jeunes UDC ne poursuivront pas l’établissement, bien que la loi offre cette possibilité.
«Les clients éconduits devraient, pour pouvoir contraindre à se faire servir, saisir un juge civil d’une action au sens des art. 28 et suivants du Code civil, à teneur desquels celui qui subit une atteinte illicite à sa personnalité peut agir en justice pour sa protection contre toute personne qui y participe (art. 28, al. 1, CC)», informe Samuel Thétaz. Il souligne toutefois le fait qu’une telle démarche serait compliquée: «Naturellement, dans les faits, personne ou presque ne s’engagerait dans une telle action, en raison des coûts et de la lourdeur de la procédure. Il faudrait des courageux qui ouvrent la voie, et j’espère que ces jeunes le feront.»

«Vivre c’est discriminer»

Que ce soit pour des raisons d’orientation politique, de comportement en inadéquation avec l’ambiance du lieu, ou tout autre prétexte, le cas du bar bâlois peut relever de la discrimination. Stéphane Geyres précise le sens qu’a ce terme, du point de vue anarcho-capitaliste: «Vivre, c’est agir, décider, choisir. Choisir, c’est discriminer ceci en faveur de cela. On ne peut vivre sans discriminer. Discriminer n’a rien d’injuste: les sentiments ne font pas la justice. Vivre ne crée en soi aucune injustice. Mieux, c’est en discriminant les mauvais producteurs pour préférer les meilleurs que chacun contribue à la prospérité commune. Pas de prospérité sans discrimination.»




Un chiffre qui compte

En cause, un sondage à propos d’animaux domestiques qui vaut son pesant de Whiskas. Signe que l’archaïsme demeure et qu’une bonne grève des femmes n’est jamais perdue, l’article révèle en effet que 81% des dames interrogées estiment en faire davantage que leur conjoint pour leurs bêbêtes. Horreur! Peste noire! Et de citer les douleurs de la maîtresse de Pako, dont monsieur ne s’occupe qu’après s’être fait enguirlander. Une véritable «charge mentale», déplore le quotidien français. Comment ne pas s’émouvoir également de cette maman « larguée par la situation » car son mari, égoïstement, a décidé de se consacrer à l’entretien du jardin et de la maison, tandis qu’elle-même doit gérer un toutou en mauvaise santé… «Clairement préoccupant», on vous a dit, et on espère bien qu’un collectif en non-mixité choisie sera rapidement mis en place pour permettre de combler le vide juridique que reflètent ces inégalités.




Doit-on continuer à engraisser la RTS?

NON, selon Alec Von Barnekow

«Je trouve cette initiative très intéressante, parce qu’elle replace le consommateur au cœur du débat», entonne Alec von Barnekow, président des JLR fribourgeois. Sans parler au nom de son parti, ce dernier n’ayant pas encore pris position, le jeune libéral-radical se dit favorable à une «meilleure considération des habitudes de consommation de la population, d’autant plus qu’elles ont énormément évolué ces dernières années, en particulier chez les jeunes». Dans un tel contexte, ajoute-t-il, la redevance «doit être repensée pour définir plus précisément à quoi elle doit servir. Il ne s’agit pas, par exemple, de démanteler toutes les télévisions ou radios locales, qui peuvent avoir besoin pour survivre d’un certain soutien financier, et auxquelles les consommateurs sont attachés. Mais il n’est pas juste de maintenir un système dans lequel tout le monde doit payer cher – la redevance audiovisuelle suisse est plus élevée que celles de tous les pays voisins – pour un service qu’il ne souhaite pas forcément consommer.»

Selon le Fribourgeois, la baisse de la redevance à 200 francs proposée par l’initiative SSR apporterait des solutions à ce problème, tout en respectant l’attachement des Suisses aux médias de service public clairement exprimé en 2018 lors du rejet de l’initiative No Billag. Interrogé sur l’argumentaire très libéral des initiants, qui militent pour «plus de marché, moins d’état» et affirment que «seule une concurrence conforme aux lois du marché entre les producteurs médiatiques [serait apte à garantir] une démocratie vivante et performante», le jeune politicien acquiesce: «Les médias forment un marché dans lequel il est normal que s’applique une forme de concurrence». Et le jeune libéral-radical de conclure sur une note optimiste et habilement flatteuse: «En tant que partisan du modèle capitaliste, je crois qu’il existe un fort potentiel d’innovation dans un marché où est mise en œuvre une saine concurrence, c’est-à-dire où il n’y a pas seulement deux ou trois acteurs. La nécessité de satisfaire les consommateurs pousse à créer de nouvelles alternatives. Le Peuple, du reste, est un bon exemple de cette créativité, de cette volonté de proposer des offres nouvelles.»

OUI, selon Antoine Bernhard

Discuter du prix sans doute trop élevé de la redevance, se demander si elle n’est pas mal utilisée ou si les médias de service public font bien leur travail, ce sont certes des discussions pertinentes. Elles n’en demeurent pas moins anecdotiques au regard de l’enjeu majeur du débat dont il est question. Car le parti pris des porteurs de l’initiative «200 francs ça suffit» est résolument libéral: «Plus de marché, moins d’état» lit-on sur leur site. Privatisation, concurrence, indexation de la politique publique sur les habitudes de consommation, tout est là. Une question fondamentale est alors posée: souhaitons-nous libéraliser de plus en plus nos médias de service public ou non? Pour les initiants, la réponse semble évidente: seule une telle libéralisation garantirait une «démocratie vivante et performante». A titre personnel, je ne peux pas adhérer aux dogmes libéraux qui sous-tendent une telle position.

Une question de principe tout simplement: pourquoi les habitudes de consommation individuelles devraient-elles être la boussole de nos actions politiques? Il y a, je crois, dans la notion même de «service public» l’idée d’un espace qui doit échapper au marché, à la consommation et aux fluctuations des modes. Les acteurs privés, contrairement à l’état, ne sont pas soumis à ce même impératif. La concurrence leur impose de poursuivre d’autres objectifs, d’être prêts à sacrifier sur l’autel de leurs intérêts propres et du profit bien des valeurs morales comme la défense du pluralisme ou de la démocratie libérale, pourtant chère aux initiants. On ne doit jamais perdre de vue la question du bien commun. Il serait dangereux de confier complètement aux lois du marché la gestion de l’intégralité des médias. Une partie, au moins, doit en être préservée, afin de garantir certains services particuliers. Certes, l’initiative dont il est question aujourd’hui est très édulcorée, bien loin de la radicalité de sa prédécesseure No Billag. Dans le principe cependant, elle relève de la même volonté: démanteler progressivement les services publics au profit d’une logique de marché qui, à court terme, réglera peut-être le problème d’une politisation excessive de la SSR, mais en apportera bien d’autres par la suite.




Un joueur de foot doit-il épouser les causes de l’époque?

NON, selon Raphaël Pomey
Posons tranquillement le décor: un footballeur musulman très pieux, dont le club est aux mains d’un représentant d’un État appliquant la peine de mort pour les homosexuels, suscite la polémique pour avoir refusé de porter un maillot aux couleurs de l’arc-en-ciel. Est-il vraiment nécessaire de développer pour saisir le ridicule de la situation? Non pas qu’il soit anodin que des personnes LGBT soient encore agressées dans la rue, insultées, ou bien évidemment condamnées par des États en raison de leurs inclinations propres. Simplement, il paraît tout de même doucement hypocrite que l’on demande à des sportifs de porter des causes qui les dépassent et dont on peut légitimement penser qu’elles ne hantent guère les nuits de leurs patrons du Golfe. Idrissa Gana Gueye n’est sans doute pas le plus tolérant des hommes, mais il se trouve que son travail consiste à taper dans un ballon, et non pas à porter le feu de l’égalité aux humains, tel un Prométhée post-moderne. A force de demander à des personnalités extérieures au jeu politique de s’engager sur des enjeux qui, eux, relèvent très clairement de la chose publique, un risque fait peu à peu surface: que l’engagement citoyen ou associatif de base, ciment de notre société, paraisse peu à peu inutile. A quoi bon s’exprimer à propos de la gestion des comptes d’une société de tennis si, de toute manière, il n’y a que des grandes causes dans ce monde, sur lesquelles n’importe quel avis fait autorité? Loin de permettre une «évolution des mentalités», comme on nous le promet toujours, la multiplication des «journées de» et des actions symboliques noie surtout les souffrances de ce monde dans une guimauve vaguement dénonciatrice qui ne sert à personne.

OUI, selon Jérôme Burgener
Faisons fi des idéologies qui gravitent autour de cette affaire et revenons sur la réelle question qui se pose ici. Il s’agit simplement d’une relation contractuelle entre une entreprise et son employé. Revenons sur la définition d’un contrat. Il s’agit d’un accord volontaire entre deux ou plusieurs personnes, faisant naître des obligations entre elles. Pascal Salin, économiste et philosophe français, en donne une description encore plus précise dans «Libérons-nous», sorti en 2014: «Si un contrat existe, c’est évidemment parce qu’il est satisfaisant pour les deux co-contractants. Si le contrat est librement décidé et signé, il rend impossible toute domination des uns par les autres: les contractants partagent la même liberté et la même dignité.» Idrissa Gana Gueye a, en 2019, signé un contrat avec le PSG lui rapportant plus de sept millions d’euros par année. Nous pouvons bien imaginer que l’accord spécifie que le joueur doit porter le maillot, donc l’uniforme, du club qui l’a engagé. Un peu comme un employé de McDonald’s ou un agent de police. Si le joueur refuse de porter le maillot, même si celui-ci affiche les couleurs arc-en-ciel à titre exceptionnel pour la journée de la lutte contre l’homophobie, il n’honore pas les termes du document qui le lie à son club. Ce dernier peut donc prendre des sanctions contre Idrissa Gana Gueye. Une décision qui semble difficilement contestable, si elle a lieu. La pression exercée par Rouge Direct, qui dénonce l’homophobie dans le sport, est plus contestable. L’association a interpellé les deux parties ainsi que la ligue sur Twitter: «L’homophobie n’est pas une opinion mais un délit. La ligue et le PSG doivent demander à Gana Gueye de s’expliquer et très vite. Et le sanctionner le cas échéant.» On doute que cette ire résulte d’une rupture de contrat.